{"id":1795,"date":"2013-07-29T16:31:30","date_gmt":"2013-07-29T15:31:30","guid":{"rendered":"http:\/\/francisdelariviere.be\/?p=1795"},"modified":"2013-07-29T16:31:30","modified_gmt":"2013-07-29T15:31:30","slug":"alice-de-la-cambre-13-siecle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/francisdelariviere.be\/?p=1795","title":{"rendered":"Alice de la Cambre &#8211; 13 si\u00e8cle (18)"},"content":{"rendered":"<h1>Alice de la Cambre<\/h1>\n<p>HADEWIJCH (mil. XIII <sup>e<\/sup> s.)<\/p>\n<p>Po\u00e9tesse et mystique flamande de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du\u00a0xiii<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, Hadewijch est l&#8217;auteur de po\u00e8mes d&#8217;inspiration courtoise, de lettres et de visions o\u00f9 l&#8217;amour, trait\u00e9 en th\u00e8me privil\u00e9gi\u00e9, tend \u00e0 se substituer \u00e0 Dieu, au terme d&#8217;une exp\u00e9rience extatique dont l&#8217;expression passionnelle est rendue avec une particuli\u00e8re sensualit\u00e9.<\/p>\n<p>Les lacunes de sa biographie ont souvent permis de ranger Hadewijch parmi les mystiques de l&#8217;orthodoxie chr\u00e9tienne. Pourtant, rien n&#8217;autorise \u00e0 pr\u00e9tendre qu&#8217;elle f\u00fbt moniale ou b\u00e9guine. L&#8217;origine anversoise qui lui est attribu\u00e9e date du\u00a0xiv<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. Sa langue est braban\u00e7onne et sa parfaite connaissance de l&#8217;\u0153uvre des troubadours accr\u00e9dite l&#8217;hypoth\u00e8se de Joseph Van Mierlo (<em>De visioenen van Hadewijch<\/em>, Louvain, 1924-1925) selon laquelle elle aurait appartenu \u00e0 la classe aristocratique. Il y a tout lieu de croire que sa production litt\u00e9raire s&#8217;\u00e9chelonne de 1220 \u00e0 1240 environ.<\/p>\n<p><strong>En tout cas, sa\u00a0<em>Liste des parfaits amants<\/em>, qui succ\u00e8de \u00e0 la treizi\u00e8me vision et mentionne la b\u00e9guine Aleydis \u00ab\u00a0que ma\u00eetre Robert fit mourir pour son juste amour\u00a0\u00bb, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9e entre <\/strong><strong>1236, date d&#8217;ex\u00e9cution d&#8217;Aleydis \u00e0 Cambrai, et 1239, ann\u00e9e o\u00f9 fut destitu\u00e9 l&#8217;inquisiteur Robert le Bougre.<\/strong><\/p>\n<p>Collectanea Cisterciensia 66 (2004) 83-96<\/p>\n<p>Chrysogone WADDELL, ocso<\/p>\n<h1>Alice de la Cambre<\/h1>\n<p>REGARDS SUR SA VIE<\/p>\n<p><strong>A<\/strong><strong>lice est une moniale cistercienne du treizi\u00e8me si\u00e8cle au monast\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p><strong>de La Cambre<\/strong><strong>1<\/strong>.<\/p>\n<p>Les nombreuses variantes de son nom\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <strong>Alice,Aleydis, Aleyde, Alet, Ad\u00e9la\u00efde, Alix, Alizon, et m\u00eame Alizette <\/strong>\u2013<\/p>\n<p>attirent d\u2019embl\u00e9e l\u2019attention. Il y a longtemps, alors que, jeune<\/p>\n<p>novice, j\u2019ai fait sa connaissance dans le br\u00e9viaire cistercien, on l\u2019appelait<\/p>\n<p>bienheureuse Aleydis. Dans le Martyrologe Romain actuel,<\/p>\n<p>elle devient sainte Aleydis2. Depuis quelques ann\u00e9es, le nom de<\/p>\n<p>\u00ab\u221eAlice\u221e\u221e\u00bb s\u2019est rapidement r\u00e9pandu et c\u2019est ainsi qu\u2019elle est le mieux<\/p>\n<p>connue dans les r\u00e9gions francophones et anglophones. Elle sera donc<\/p>\n<p>\u00ab\u221eAlice\u221e\u221e\u00bb dans cette \u00e9tude succincte de sa Vita \u2013 m\u00eame si pour moi<\/p>\n<p>personnellement, elle reste, et pour toujours, \u00ab\u221eAleydis\u221e\u221e\u00bb, puisque<\/p>\n<p>c\u2019est ainsi que je l\u2019ai d\u2019abord connue et aim\u00e9e.<\/p>\n<p>Nous en venons \u00e0 conna\u00eetre certains saints et \u00e0 les aimer, apr\u00e8s<\/p>\n<p>une p\u00e9riode de r\u00e9flexion et de s\u00e9rieux approfondissements. D\u2019autres<\/p>\n<p>(dont quelques-uns ne sont pas tout \u00e0 fait \u00ab\u221esaints\u221e\u221e\u00bb) semblent<\/p>\n<p>prendre l\u2019initiative. Ils font irruption dans nos vies presque avant<\/p>\n<p>que nous ayons l\u2019occasion d\u2019apprendre quoi que ce soit \u00e0 propos de<\/p>\n<p>leur histoire et de leur mission. Pour moi, beaucoup sont de ce type.<\/p>\n<p>Faut-il en nommer quelques-uns\u221e\u221e? Ignace d\u2019Antioche, Alcuin, Pierre<\/p>\n<p>Monoculus, Armand-Jean de Ranc\u00e9 (tr\u00e8s certainement impossible<\/p>\n<p>1 Pr\u00e8s de Bruxelles. L\u2019explication de ce nom sera donn\u00e9e plus loin.<\/p>\n<p>2 Typis Vaticanis, 2001, p. 315, n. 5*, \u00e0 la date du 11 juin. L\u2019ast\u00e9risque indique que l\u2019entr\u00e9e<\/p>\n<p>est propre \u00e0 certains dioc\u00e8ses et \u00e0 sa famille religieuse. Son culte fut autoris\u00e9 en 1702 par<\/p>\n<p>Cl\u00e9ment XI pour la branche italienne de la Congr\u00e9gation des Feuillants, c\u2019est-\u00e0-dire la<\/p>\n<p>Congr\u00e9gation de Saint Bernard. C\u2019est \u00e0 partir de cette Congr\u00e9gation que la c\u00e9l\u00e9bration entra<\/p>\n<p>dans le br\u00e9viaire cistercien en 1870, au rang de f\u00eate \u00e0 trois le\u00e7ons. En 1907, une extension<\/p>\n<p>plus large lui fut accord\u00e9e lorsque Pie X l\u2019\u00e9tendit aux dioc\u00e8ses de Belgique. Maintenant, la<\/p>\n<p>bienheureuse est devenue sainte Aleydis. Certains articles de dictionnaires situent sa f\u00eate au<\/p>\n<p>15 juin, ce qui est le cas au Dioc\u00e8se de Malines. Bien que la date r\u00e9elle de sa mort f\u00fbt le 11,<\/p>\n<p>les Cisterciens la c\u00e9l\u00e8brent le 12 pour \u00e9viter une occurrence avec saint Barnab\u00e9 auquel le 11<\/p>\n<p>\u00e9tait attribu\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00e0 canoniser), Th\u00e9r\u00e8se de Lisieux, Joseph Cassant, Maria Gabriella,<\/p>\n<p>Miguel Pro, et, de fa\u00e7on tout \u00e0 fait unique, Alice, la moniale l\u00e9preuse<\/p>\n<p>de La Cambre.<\/p>\n<p>Durant mon noviciat, Alice n\u2019\u00e9tait que l\u2019un de ces nombreux<\/p>\n<p>saints \u00e9galement obscurs, connus seulement gr\u00e2ce aux br\u00e8ves notices<\/p>\n<p>bibliographiques du br\u00e9viaire cistercien. L\u2019ensemble de l\u2019office<\/p>\n<p>d\u2019Alice provenait du Commun des Vierges. Son oraison m\u00eame ne<\/p>\n<p>comportait rien de particulier\u221e\u221e: sorte de patchwork qui rassemblait la<\/p>\n<p>premi\u00e8re partie de l\u2019oraison du lundi de la Semaine sainte3 et la partie<\/p>\n<p>finale de la pri\u00e8re sur le peuple du vendredi de la Semaine de la<\/p>\n<p>Passion4. Une phrase intercalaire \u2013 intercedente beata Aleyde Virgine<\/p>\n<p>tua \u2013 ficelait les deux parties. En substituant un autre nom au sien,<\/p>\n<p>l\u2019oraison aurait pu \u00eatre pri\u00e9e en l\u2019honneur de presque tous les autres<\/p>\n<p>saints.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 une remarque occasionnelle du p\u00e8re-ma\u00eetre des jeunes<\/p>\n<p>prof\u00e8s, fr\u00e8re Louis (mieux connu sous le nom de Thomas Merton),<\/p>\n<p>les choses ont chang\u00e9 pour moi. Lors d\u2019une de ses conf\u00e9rences, il<\/p>\n<p>signala combien le latin de la Vita d\u2019Aleydis \u00e9tait beau. J\u2019en pris note<\/p>\n<p>et le dimanche apr\u00e8s-midi suivant, quand notre grande biblioth\u00e8que<\/p>\n<p>fut ouverte \u2013nous n\u2019avions alors acc\u00e8s \u00e0 cette biblioth\u00e8que bien fournie<\/p>\n<p>que les dimanches et les jours de solennit\u00e9 entre none et v\u00eapres \u2013<\/p>\n<p>je sortis et ouvris le gros volume des Bollandistes, les Acta Sanctorum,<\/p>\n<p>o\u00f9 se trouve l\u2019entr\u00e9e du 11 juin5. La Vita anonyme ne couvrait<\/p>\n<p>que onze ou douze colonnes, y compris le prologue et un certain<\/p>\n<p>nombre de notes et de commentaires \u00e9ditoriaux. Ce prologue s\u2019av\u00e9ra<\/p>\n<p>quelque peu d\u00e9cevant. Comme beaucoup de prologues de vies de<\/p>\n<p>saints, il comportait l\u2019expression habituelle de la confusion d\u2019un si<\/p>\n<p>grand p\u00e9cheur, osant s\u2019aventurer \u00e0 \u00e9crire \u00e0 propos d\u2019un personnage si<\/p>\n<p>saint et si eminent\u221e\u221e; la r\u00e9f\u00e9rence, habituelle elle aussi, aux d\u00e9tracteurs<\/p>\n<p>qui, tr\u00e8s probablement, s\u2019attaqueraient \u00e0 la v\u00e9racit\u00e9 de cette relation<\/p>\n<p>pourtant enti\u00e8rement digne de foi\u221e\u221e; les protestations d\u2019usage quant \u00e0<\/p>\n<p>l\u2019\u00e9vidence du manque de comp\u00e9tence litt\u00e9raire de l\u2019auteur (tout ceci,<\/p>\n<p>bien s\u00fbr, exprim\u00e9 avec l\u2019\u00e9l\u00e9gance litt\u00e9raire la plus raffin\u00e9e). Voil\u00e0<\/p>\n<p>qui n\u2019augurait gu\u00e8re de mon introduction aupr\u00e8s d\u2019Alice6.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res lignes ayant trait \u00e0 son enfance n\u2019\u00e9taient pas plus<\/p>\n<p>all\u00e9chantes. Elle \u00e9tait une enfant qui reste \u00e0 la maison, domi semper<\/p>\n<p>84 Chrysogone Waddell, ocso<\/p>\n<p>3 Da, quaesumus, omnipotens Deus\u221e\u221e; ut, qui in tot adversis ex nostra infirmitate deficimus\u2026<\/p>\n<p>4 \u2026 liberati a malis omnibus, secura tibi mente serviamus.<\/p>\n<p>5 Acta Sanctorum (3\u00e8me \u00e9dition), Jun. II, p. 471-477.<\/p>\n<p>6 Quatre si\u00e8cles plus tard, lorsque HENRIQUEZ \u00e9dita cette Vita pour sa collection Quinque<\/p>\n<p>prudentes Virgines (Anvers, 1630), p. 168-198, il omit prudemment le Prologue.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00e0 canoniser), Th\u00e9r\u00e8se de Lisieux, Joseph Cassant, Maria Gabriella,<\/p>\n<p>Miguel Pro, et, de fa\u00e7on tout \u00e0 fait unique, Alice, la moniale l\u00e9preuse<\/p>\n<p>de La Cambre.<\/p>\n<p>Durant mon noviciat, Alice n\u2019\u00e9tait que l\u2019un de ces nombreux<\/p>\n<p>saints \u00e9galement obscurs, connus seulement gr\u00e2ce aux br\u00e8ves notices<\/p>\n<p>bibliographiques du br\u00e9viaire cistercien. L\u2019ensemble de l\u2019office<\/p>\n<p>d\u2019Alice provenait du Commun des Vierges. Son oraison m\u00eame ne<\/p>\n<p>comportait rien de particulier\u221e\u221e: sorte de patchwork qui rassemblait la<\/p>\n<p>premi\u00e8re partie de l\u2019oraison du lundi de la Semaine sainte3 et la partie<\/p>\n<p>finale de la pri\u00e8re sur le peuple du vendredi de la Semaine de la<\/p>\n<p>Passion4. Une phrase intercalaire \u2013 intercedente beata Aleyde Virgine<\/p>\n<p>tua \u2013 ficelait les deux parties. En substituant un autre nom au sien,<\/p>\n<p>l\u2019oraison aurait pu \u00eatre pri\u00e9e en l\u2019honneur de presque tous les autres<\/p>\n<p>saints.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 une remarque occasionnelle du p\u00e8re-ma\u00eetre des jeunes<\/p>\n<p>prof\u00e8s, fr\u00e8re Louis (mieux connu sous le nom de Thomas Merton),<\/p>\n<p>les choses ont chang\u00e9 pour moi. Lors d\u2019une de ses conf\u00e9rences, il<\/p>\n<p>signala combien le latin de la Vita d\u2019Aleydis \u00e9tait beau.<\/p>\n<p>J\u2019en pris note<\/p>\n<p>et le dimanche apr\u00e8s-midi suivant, quand notre grande biblioth\u00e8que<\/p>\n<p>fut ouverte \u2013nous n\u2019avions alors acc\u00e8s \u00e0 cette biblioth\u00e8que bien fournie<\/p>\n<p>que les dimanches et les jours de solennit\u00e9 entre none et v\u00eapres \u2013<\/p>\n<p>je sortis et ouvris le gros volume des Bollandistes, les Acta Sanctorum,<\/p>\n<p>o\u00f9 se trouve l\u2019entr\u00e9e du 11 juin5. La Vita anonyme ne couvrait<\/p>\n<p>que onze ou douze colonnes, y compris le prologue et un certain<\/p>\n<p>nombre de notes et de commentaires \u00e9ditoriaux. Ce prologue s\u2019av\u00e9ra<\/p>\n<p>quelque peu d\u00e9cevant. Comme beaucoup de prologues de vies de<\/p>\n<p>saints, il comportait l\u2019expression habituelle de la confusion d\u2019un si<\/p>\n<p>grand p\u00e9cheur, osant s\u2019aventurer \u00e0 \u00e9crire \u00e0 propos d\u2019un personnage si<\/p>\n<p>saint et si eminent\u221e\u221e; la r\u00e9f\u00e9rence, habituelle elle aussi, aux d\u00e9tracteurs<\/p>\n<p>qui, tr\u00e8s probablement, s\u2019attaqueraient \u00e0 la v\u00e9racit\u00e9 de cette relation<\/p>\n<p>pourtant enti\u00e8rement digne de foi\u221e\u221e; les protestations d\u2019usage quant \u00e0<\/p>\n<p>l\u2019\u00e9vidence du manque de comp\u00e9tence litt\u00e9raire de l\u2019auteur (tout ceci,<\/p>\n<p>bien s\u00fbr, exprim\u00e9 avec l\u2019\u00e9l\u00e9gance litt\u00e9raire la plus raffin\u00e9e). Voil\u00e0<\/p>\n<p>qui n\u2019augurait gu\u00e8re de mon introduction aupr\u00e8s d\u2019Alice6.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res lignes ayant trait \u00e0 son enfance n\u2019\u00e9taient pas plus<\/p>\n<p>all\u00e9chantes. Elle \u00e9tait une enfant qui reste \u00e0 la maison, domi semper<\/p>\n<p>84 Chrysogone Waddell, ocso<\/p>\n<p>3 Da, quaesumus, omnipotens Deus\u221e\u221e; ut, qui in tot adversis ex nostra infirmitate deficimus\u2026<\/p>\n<p>4 \u2026 liberati a malis omnibus, secura tibi mente serviamus.<\/p>\n<p>5 Acta Sanctorum (3\u00e8me \u00e9dition), Jun. II, p. 471-477.<\/p>\n<p>6 Quatre si\u00e8cles plus tard, lorsque HENRIQUEZ \u00e9dita cette Vita pour sa collection Quinque<\/p>\n<p>prudentes Virgines (Anvers, 1630), p. 168-198, il omit prudemment le Prologue.<\/p>\n<p>est morata, qui probablement ne sut jamais salir son tablier en jouant<\/p>\n<p>avec d\u2019autres \u2013 type parfait de l\u2019enfant sage que je d\u00e9teste. Pourtant,<\/p>\n<p>je poursuivis ma lecture avec courage et fus bient\u00f4t saisi par le mouvement<\/p>\n<p>de la Vita \u221e\u221e: elle exprimait ce qui touche \u00e0 la profondeur et \u00e0<\/p>\n<p>la beaut\u00e9 spirituelle d\u2019une fa\u00e7on, elle aussi, tr\u00e8s belle. La rh\u00e9torique<\/p>\n<p>(conc\u00e9dons qu\u2019elle soit l\u00e9g\u00e8rement surfaite par endroits) se trouvait<\/p>\n<p>l\u00e0 comme servante d\u2019une th\u00e9ologie et d\u2019une spiritualit\u00e9 parfaitement<\/p>\n<p>accord\u00e9es \u00e0 nous, jeunes religieux du d\u00e9but des ann\u00e9es 1950 \u2013<\/p>\n<p>\u00e9poque en laquelle on insistait fortement ici, \u00e0 Geths\u00e9mani, sur la<\/p>\n<p>souffrance vicaire et sur l\u2019union \u00e0 J\u00e9sus dans sa vie cach\u00e9e et sa souffrance<\/p>\n<p>r\u00e9demptrice. Spiritualit\u00e9 cistercienne, certes, mais une spiritualit\u00e9<\/p>\n<p>cistercienne qui offrait un caract\u00e8re particulier, r\u00e9sum\u00e9 en la<\/p>\n<p>devise abbatiale de notre p\u00e8re abb\u00e9, <strong>dom James Fox<\/strong>\u221e\u221e: Deus crucifixus,<\/p>\n<p>Dieu crucifi\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Soudain, il m\u2019apparut clairement que la <\/strong><strong>Vita Aleydis <\/strong><strong>exigeait<\/strong><\/p>\n<p><strong>davantage, bien davantage qu\u2019une simple lecture m\u00e9dit\u00e9e, et durant<\/strong><\/p>\n<p><strong>plusieurs ann\u00e9es, je n\u2019ai cess\u00e9 d\u2019y revenir.<\/strong> <strong>De plus en plus, j\u2019\u00e9tais<\/strong><\/p>\n<p><strong>impressionn\u00e9 par la p\u00e9n\u00e9tration spirituelle de l\u2019auteur anonyme \u2013<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>aum\u00f4nier cistercien de La Cambre, qui \u00e9crivit, semble-t-il, quelque<\/p>\n<p>dix ou douze ans apr\u00e8s la mort d\u2019Alice7. Quel que f\u00fbt l\u2019auteur, ses<\/p>\n<p>intuitions spirituelles \u00e0 propos d\u2019Alice sont remarquables. Et non<\/p>\n<p>moins remarquable son aptitude \u00e0 exprimer ces intuitions dans un<\/p>\n<p>langage qui fleure bon l\u2019\u00c9criture, la liturgie, et la RB. C\u2019\u00e9tait un<\/p>\n<p>auteur qui, \u00e0 l\u2019instar du r\u00e9cent th\u00e9ologien suisse Hans Urs von Balthasar,<\/p>\n<p>poss\u00e9dait une conscience aigu\u00eb du fait que les saints se trouvent<\/p>\n<p>\u00e0 la source de la th\u00e9ologie et que leurs vies expriment, de fa\u00e7on<\/p>\n<p>concr\u00e8te, un certain aspect du myst\u00e8re du Christ. <strong>Gr\u00e2ce \u00e0 la p\u00e9n\u00e9tration<\/strong><\/p>\n<p><strong>th\u00e9ologique de notre hagiographe anonyme, Alice, j\u2019en suis<\/strong><\/p>\n<p><strong>convaincu, m\u00e9rite d\u2019\u00eatre situ\u00e9e tout pr\u00e8s de Th\u00e9r\u00e8se de Lisieux et<\/strong><\/p>\n<p><strong>d\u2019\u00c9lisabeth de Dijon.<\/strong><\/p>\n<p>La lecture r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de la Vita Aleydis a peu \u00e0 peu renforc\u00e9 ma premi\u00e8re<\/p>\n<p>impression de l\u2019harmonieuse unit\u00e9 litt\u00e9raire de ce texte bref.<\/p>\n<p>Des analogies musicales me viennent facilement \u00e0 l\u2019esprit. Peut-\u00eatre<\/p>\n<p>est-il possible de comprendre ce que je veux dire en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0<\/p>\n<p>deux types de composition musicale.<\/p>\n<p>Alice de la Cambre 85<\/p>\n<p>7 Simple conjoncture, conjoncture fond\u00e9e cependant aux yeux de plusieurs auteurs. Ainsi<\/p>\n<p>le dernier en date, <strong>fr. <\/strong><strong>Edmond M<\/strong><strong>IKKERS<\/strong><strong>, \u00ab\u221eMeditations on the Life of Alice of Schaerbeek\u221e\u221e\u00bb,<\/strong><\/p>\n<p>in J. A. NICHOLS et L. T. SHANK (eds.), Hidden Springs, Vol. 3, Cistercian Studies Series 113,<\/p>\n<p>(Kalamazoo, 1995), p. 412s, note 10, citant Fr. Martinus CAWLEY, dans l\u2019introduction \u00e0 St.<\/p>\n<p>Alice the Leper (non pagin\u00e9) dans l\u2019\u00e9dition et la traduction des Lives of Ida of Nivelles, Lutgard<\/p>\n<p>and Alice the Leper (\u00e9dition priv\u00e9e dans la s\u00e9rie Guadalupe Translations, 1987\u221e\u221e; Our<\/p>\n<p>Lady of Guadalupe Abbey, Lafayette, Oregon).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J\u2019aime \u00e9norm\u00e9ment la musique d\u2019orgue du Scandinave Dietrich<\/p>\n<p>Buxtehude (\u20201707), l\u2019un des ma\u00eetres de Jean-S\u00e9bastien Bach. Un<\/p>\n<p>musicologue \u00e9minent \u00e9voque \u00ab\u221esa passion, son romantisme et son<\/p>\n<p>imagination coloree\u221e\u221e\u00bb qui \u00ab\u221ed\u00e9ploient en alliance \u00e9tonnante, la tendresse<\/p>\n<p>italienne et l\u2019angoisse de l\u2019\u00e2me germanique toujours en qu\u00eate<\/p>\n<p>des ultimes myst\u00e8res de la vie8\u221e\u221e\u00bb. La majeure partie des grandes<\/p>\n<p>oeuvres pour orgue de Buxtehude ont, \u00e0 ce qu\u2019il me semble, une<\/p>\n<p>structure quelque peu problematique\u221e\u221e: une s\u00e9rie de sections ou blocs,<\/p>\n<p>tous diff\u00e9rents et ind\u00e9pendants les uns par rapport aux autres, jou\u00e9s<\/p>\n<p>successivement\u221e\u221e: un tron\u00e7on apr\u00e8s l\u2019autre. L\u2019organiste peut parfois<\/p>\n<p>extraire l\u2019une de ces sections ou plusieurs, et les jouer comme des<\/p>\n<p>compositions se suffisant \u00e0 elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>Nombre de Vies de saints cisterciens sont ainsi concues\u221e\u221e: une s\u00e9rie<\/p>\n<p>de petites sc\u00e8nes juxtapos\u00e9es, chacune \u00e9ventuellement compl\u00e8te,<\/p>\n<p>quitte \u00e0 modifier plus ou moins l\u2019ordre chronologique. <strong>Une telle<\/strong><\/p>\n<p><strong>approche de la <\/strong><strong>Vita Aleydis <\/strong><strong>est tout \u00e0 fait loisible\u221e\u221e: une s\u00e9rie continue<\/strong><\/p>\n<p><strong>de petites sc\u00e8nes.<\/strong> Ce type de lecture fut pr\u00e9cis\u00e9ment choisi par<\/p>\n<p>quelques-uns des auteurs qui se sont int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 Alice9. Pourtant, la<\/p>\n<p>Vita Aleydis poss\u00e8de une structure plus subtile et infiniment plus<\/p>\n<p>riche qui la rend assez proche de certaines musiques de chambre.<\/p>\n<p><strong>D\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019oeuvre, le compositeur pr\u00e9sente deux ou trois<\/strong><\/p>\n<p><strong>th\u00e8mes et proc\u00e8de ensuite \u00e0 leur d\u00e9veloppement. Il les entrelace en<\/strong><\/p>\n<p><strong>un tout organique qui conduit graduellement \u00e0 un sommet et \u00e0 leur<\/strong><\/p>\n<p><strong>r\u00e9solution.<\/strong> Pensez aux derniers quatuors de Beethoven. On trouve<\/p>\n<p>une fa\u00e7on de faire un peu semblable dans l\u2019op\u00e9ra gigantesque de<\/p>\n<p>Wagner, <strong>L\u2019Anneau du Nibelung<\/strong>, en laquelle des leitmotive propres<\/p>\n<p>aux divers personnages, objets ou situations reviennent \u00e0 des<\/p>\n<p>moments pr\u00e9cis pour faire progresser l\u2019action vers son sommet et sa<\/p>\n<p>r\u00e9solution. <strong>L\u2019auteur de la <\/strong><strong>Vita Aleydis <\/strong><strong>organise de m\u00eame son mat\u00e9riel<\/strong><\/p>\n<p>selon quelques th\u00e8mes ou images qui m\u00e8nent \u00e0 l\u2019unit\u00e9 et relancent<\/p>\n<p><strong>l\u2019action du r\u00e9cit.<\/strong> Je vais simplement pr\u00e9senter ici succinctement<\/p>\n<p>deux de ces themes\u221e\u221e: <strong><em>celui du \u00ab\u221elieu\u221e\u221e\u00bb et celui de la \u00ab\u221elumi\u00e8re<\/em><\/strong><strong><em>10<\/em><\/strong>\u221e\u221e\u00bb.<\/p>\n<p>86 Chrysogone Waddell, ocso<\/p>\n<p>8 P.H. LANG, Music in Western Civilization (New York, 1941), p. 400.<\/p>\n<p>9 Parmi eux, se trouve P. F. LEVAUX, Histoire populaire de la bienheureuse Ad\u00e9la\u00efde de<\/p>\n<p>Schaerbeek (Schaerbeek, 1904)\u221e\u221e; DE MEYER, Leven van de H. Alice van Schaerbeek (Mechelen,<\/p>\n<p>1942)\u221e\u221e; I. BEAUFAYS, Sainte Alice (Gembloux, 1942).<\/p>\n<p>10 Ce travail fut d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9 de fa\u00e7on d\u00e9taill\u00e9e dans ce qui est sans doute la meilleure<\/p>\n<p>\u00e9tude sur sainte Alice\u221e\u221e: Sr Edith SCHOLL, \u00ab\u221eThe Golden Cross\u221e\u221e: Aleydis of Schaerbeek\u221e\u221e\u00bb, p.<\/p>\n<p>377-393 dans la collection nomm\u00e9e \u00e0 la note 6. Le travail de Fr. Edmond MIKKERS, p. 395-<\/p>\n<p>413, cit\u00e9 dans la m\u00eame note, s\u2019av\u00e8re aussi tr\u00e8s aidant\u221e\u221e: il pr\u00e9sente de longs extraits de la Vita<\/p>\n<p>dans la traduction anglaise, mais aussi un commentaire tr\u00e8s pointu et des vues pratiques qui<\/p>\n<p>montrent l\u2019ad\u00e9quation de ces textes pour la vie des cisterciens contemporains, pour d\u2019autres<\/p>\n<p>religieux et \u00e9ventuellement pour toute personne, s\u00e9rieusement d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 suivre le Christ.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>J\u2019ajouterai quelques mots \u00e0 propos d\u2019un autre moyen litt\u00e9raire utilis\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><strong>par l\u2019auteur, peu diff\u00e9rent du moyen g\u00e9ographique qu\u2019employait<\/strong><\/p>\n<p><strong>saint Luc dans les <\/strong><strong>Actes des Ap\u00f4tres<\/strong><strong>, lorsqu\u2019il d\u00e9crit la mission des<\/strong><\/p>\n<p><strong>ap\u00f4tres en des cercles de plus en plus amples\u221e\u221e:<\/strong><\/p>\n<p>la Bonne Nouvelle<\/p>\n<p>part de J\u00e9rusalem, est port\u00e9e en Galil\u00e9e, puis en Samarie, et plus au<\/p>\n<p>nord, \u00e0 Antioche\u221e\u221e; elle se r\u00e9pand ensuite dans toute l\u2019Asie Mineure,<\/p>\n<p>puis en Gr\u00e8ce et finalement \u00e0 Rome m\u00eame, centre du monde connu.<\/p>\n<p>Ainsi, touchant Rome, il lui est possible d\u2019embrasser le monde<\/p>\n<p>entier. <strong>Mais quel est le point de d\u00e9part d\u2019une telle expansion\u221e\u221e? C\u2019est<\/strong><\/p>\n<p><strong>J\u00e9sus sur la croix. <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>La \u00ab\u221estructure geographique\u221e\u221e\u00bb de la <\/strong><strong>Vita Aleydis<\/strong><\/p>\n<p><strong>est encore plus complexe\u221e\u221e:<\/strong> tandis que l\u2019aspect physique de la vie<\/p>\n<p>d\u2019Alice va diminuant, sa vie spirituelle, elle, se d\u00e9veloppe et prend<\/p>\n<p>de l\u2019envergure, elle englobe de plus en plus d\u2019\u00e9l\u00e9ments. L\u2019expansion<\/p>\n<p>de sa vie spirituelle se r\u00e9v\u00e8le inversement proportionnelle \u00e0 l\u2019amenuisement<\/p>\n<p>de sa vie physique. Ce th\u00e8me pourtant se trouve si profond\u00e9ment<\/p>\n<p>li\u00e9 \u00e0 celui du lieu que je traiterai les deux ensemble. Plus<\/p>\n<p>loin, afin d\u2019\u00e9viter les r\u00e9p\u00e9titions, je parlerai du th\u00e8me du lieu en relation<\/p>\n<p>avec celui de la lumi\u00e8re, car il arrive que les deux se rencontrent<\/p>\n<p>dans la m\u00eame sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Dans <strong>\u00ab\u221ela chambre de Marie\u221e\u221e\u00bb,<\/strong> la lumi\u00e8re<\/p>\n<p>La Vita d\u00e9bute par la description sympathique d\u2019une petite fille<\/p>\n<p>\u00ab\u221eaimable et gracieuse aux yeux de tous\u221e\u221e\u00bb. Loin d\u2019imiter Dina, la fille<\/p>\n<p>du patriarche Jacob qui errait par les rues pour voir \u00e0 quoi ressemblaient<\/p>\n<p>les femmes de la r\u00e9gion (Gn 34, 1-2), ce qui fut d\u00e9sastreux<\/p>\n<p>pour elle, la petite Alice avait choisi Marie pour mod\u00e8le. <strong>Elle demeurait<\/strong><\/p>\n<p><strong>au secret de sa chambre, \u00ab\u221efortifiant ainsi sa grace\u221e\u221e\u00bb (<\/strong><strong>gratiamque<\/strong><\/p>\n<p><strong>nutrientis<\/strong><strong>). <\/strong>La gr\u00e2ce de Marie doit probablement \u00eatre comprise ici<\/p>\n<p>comme le myst\u00e8re de sa proche maternit\u00e9. Ainsi, Alice est-elle quelqu\u2019un<\/p>\n<p>qui <strong>\u00ab\u221ereste \u00e0 la maison\u221e\u221e<\/strong>\u00bb, fortifiant, tout comme Marie, sa<\/p>\n<p>propre f\u00e9condit\u00e9 \u00e0 venir dans le Christ. <strong>Nous rencontrons ici la premi\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p><strong>r\u00e9f\u00e9rence notable \u00e0 un lieu, puisque la \u00ab\u221echambre de la M\u00e8re de<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dieu\u221e\u221e\u00bb est aussi le nom du monast\u00e8re dans lequel la petite Alice va<\/strong><\/p>\n<p><strong>entrer \u00e0 l\u2019\u00e2ge de sept ans, ce dont il est question dans la phrase qui<\/strong><\/p>\n<p><strong>suit immediatement\u221e\u221e: <\/strong><strong>Camera Sanctae Mariae<\/strong><strong>, \u00ab\u221eMaria Kammer\u221e\u221e\u00bb,<\/strong><\/p>\n<p><strong>connue sous le simple vocable de \u00ab\u221eLa Cambre\u221e\u221e\u00bb en langage familier,<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00e0 quelques kilom\u00e8tres de Schaerbeek, actuel faubourg de Bruxelles.<\/strong><\/p>\n<p>Bref, les toutes premi\u00e8res ann\u00e9es de la vie d\u2019Alice sont d\u00e9j\u00e0 orient\u00e9es<\/p>\n<p>vers ce qui constituera sa vie, pass\u00e9e dans la \u00ab\u221echambre de Marie\u221e\u221e\u00bb, \u00e0<\/p>\n<p>fortifier son unique vocation et \u00e0 la d\u00e9ployer. Alice quitte maintenant<\/p>\n<p>Schaerbeek pour gagner l\u2019\u00e9troit enclos d\u2019un monast\u00e8re cistercien dont<\/p>\n<p>elle ne sortira jamais.<\/p>\n<p>Alice de la Cambre 87<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est ici qu\u2019appara\u00eet le th\u00e8me de la lumi\u00e8re. Dans le Prologue de<\/p>\n<p>Gr\u00e9goire au r\u00e9cit de la vie de saint Beno\u00eet, nous lisons que le jeune<\/p>\n<p>Beno\u00eet \u00ab\u221eavait abandonn\u00e9 les \u00e9tudes des lettres \u00e0 Rome11\u221e\u221e\u00bb. D\u2019une<\/p>\n<p>mani\u00e8re identique, Alice \u00ab\u221eabandonne les \u00e9tudes des lettres\u221e\u221e\u00bb dans la<\/p>\n<p>\u00ab\u221echambre de Marie\u221e\u221e\u00bb et \u00ab\u221egr\u00e2ce \u00e0 la lumi\u00e8re de la v\u00e9ritable sagesse<\/p>\n<p>re\u00e7ue d\u2019en haut\u221e\u221e\u00bb, elle \u00e9clipsa bient\u00f4t, non seulement les fillettes de<\/p>\n<p>son \u00e2ge, mais ses a\u00een\u00e9es elles-m\u00eames. Ce n\u2019est pas non plus hasard si<\/p>\n<p>la liste des points forts d\u2019Alice, qui suit imm\u00e9diatement, s\u2019exprime<\/p>\n<p>en des termes emprunt\u00e9s \u00e0 Jacques 1, 17, <strong>selon l\u2019initiative du \u00ab\u221eP\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p><strong>des <\/strong><strong>lumi\u00e8res<\/strong><strong>\u221e\u221e\u00bb, de qui vient tout don parfait.<\/strong> Ce qui frappe dans cette<\/p>\n<p>suite rythm\u00e9e des sept dons re\u00e7us par Alice, c\u2019est le fait qu\u2019aucun ne<\/p>\n<p>soit \u00ab\u221esurnaturel\u221e\u221e\u00bb, qu\u2019il s\u2019agisse de sa nature sensible dou\u00e9e en tous<\/p>\n<p>les domaines, de son intelligence d\u00e9li\u00e9e ou de sa m\u00e9moire imbattable12.<\/p>\n<p>On regrette que l\u2019auteur ne d\u00e9veloppe pas l\u2019id\u00e9e ch\u00e8re \u00e0 l\u2019auteur<\/p>\n<p>de la Vita Beatricis, pour qui les dons surnaturels fleurissent \u00e0<\/p>\n<p>partir des dons naturels, ce qui est tout \u00e0 fait conforme \u00e0 l\u2019adage<\/p>\n<p>th\u00e9ologique selon lequel <strong>\u00ab\u221ela gr\u00e2ce construit sur la nature\u221e\u221e\u00bb.<\/strong> De la<\/p>\n<p>sorte, la lumi\u00e8re surnaturelle qui devait baigner la vie et la mission<\/p>\n<p>d\u2019Alice, commence par la lumi\u00e8re qui permet \u00e0 ses dons naturels de<\/p>\n<p>s\u2019\u00e9veiller et de s\u2019\u00e9panouir au maximum.<\/p>\n<p>Vient alors une superbe description d\u2019Alice en sa maturit\u00e9. Les<\/p>\n<p>termes utilis\u00e9s exhalent le parfum des degr\u00e9s d\u2019humilit\u00e9 de Beno\u00eet<\/p>\n<p>(RB 7) et des trois degr\u00e9s de v\u00e9rit\u00e9 de Bernard avec ici, une insistance<\/p>\n<p>sur le premier de ces degres\u221e\u221e: <strong><em>la connaissance de soi<\/em><\/strong>. Plus tard,<\/p>\n<p>l\u2019exp\u00e9rience d\u2019Alice l\u2019am\u00e8nera \u00e0 englober progressivement tous ceux<\/p>\n<p>qui portent le fardeau de l\u2019humaine condition p\u00e9cheresse (deuxi\u00e8me<\/p>\n<p>degr\u00e9 de v\u00e9rit\u00e9 de Bernard), et <strong><em>aboutira \u00e0 sa connaissance exp\u00e9rimentale<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>de Dieu (troisi\u00e8me degr\u00e9 de v\u00e9rit\u00e9 de Bernard).<\/em><\/strong> L\u2019ensemble<\/p>\n<p>de cette section constitue un v\u00e9ritable directoire spirituel tout \u00e0 fait<\/p>\n<p>adapt\u00e9 \u00e0 des cisterciens contemporains, comme il l\u2019\u00e9tait aux moines<\/p>\n<p>et moniales de la g\u00e9n\u00e9ration d\u2019Alice13. Au cours de son noviciat<\/p>\n<p>durant les ann\u00e9es 40, fr\u00e8re <strong>Louis (Thomas Merton), avait d\u00e9j\u00e0 relev\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><strong>l\u2019essentiel de cette partie de la <\/strong><strong>Vita <\/strong><strong>qui traite de l\u2019humilit\u00e9 et de cet<\/strong><\/p>\n<p><strong>amour parfait engendr\u00e9 par la crainte reverentielle\u221e\u221e:<\/strong><\/p>\n<p>88 Chrysogone Waddell, ocso<\/p>\n<p>11 GR\u00c9GOIRE LE GRAND, Dialogues, livre II, Prol.<\/p>\n<p>12 \u2026 sensum eidem erogaverat in omnibus capacem, intellectum facilem, memoriam tenacem,<\/p>\n<p>gratiam in conversatione, efficaciam in opere, in inceptis effectum, in studiis profectum.<\/p>\n<p>13 Les lecteurs int\u00e9ress\u00e9s par un approfondissement de cette \u00e9tude devraient le faire \u00e0 partir<\/p>\n<p>de l\u2019analyse de ces textes qu\u2019ont r\u00e9alis\u00e9e avec tant de finesse soeur Edith Scholl dans son<\/p>\n<p>\u00e9tude, \u00ab\u221eThe Golden Cross\u221e\u221e: Aleydis of Schaerbeek\u221e\u221e\u00bb et fr\u00e8re Edmond Mikkers dans son<\/p>\n<p>article \u00ab\u221eMeditations on the Life of Alice of Schaerbeek\u221e\u221e\u00bb. Voir plus haut note 9, avec une<\/p>\n<p>r\u00e9f\u00e9rence particuli\u00e8re aux pages 379-382 et 396-398.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(Cette partie) est un r\u00e9sum\u00e9 de la th\u00e9orie asc\u00e9tique avec ses deux versants<\/p>\n<p>r\u00e9flexif et pratique. On y trouve par exemple l\u2019enseignement<\/p>\n<p>cistercien sp\u00e9cifique de la crainte de Dieu en tant que principe de<\/p>\n<p>lib\u00e9ration. Elle nous donne en effet la connaissance v\u00e9ritable de nousm\u00eames<\/p>\n<p>et nous am\u00e8ne \u00e0 nous d\u00e9tourner de nous, pour d\u00e9sirer Dieu de<\/p>\n<p>toute l\u2019ardeur de notre vouloir. C\u2019est en ce sens que la crainte filiale<\/p>\n<p>est le d\u00e9but de la sagesse. Sans elle, l\u2019amour est impossible. L\u2019auteur<\/p>\n<p>ancien dit qu\u2019en Aleyde, la crainte \u00e9tait la source d\u2019o\u00f9 jaillissait<\/p>\n<p>l\u2019amour, puis, qu\u2019en retour, c\u2019\u00e9tait \u00e0 partir de cet amour (non de la<\/p>\n<p>crainte) qu\u2019elle mortifiait ses sens et ch\u00e2tiait sa chair. Voil\u00e0 une distinction<\/p>\n<p>int\u00e9ressante et subtile, tout \u00e0 fait inhabituelle, o\u00f9 l\u2019amour est<\/p>\n<p>consid\u00e9r\u00e9 ainsi en lien avec la crainte.<\/p>\n<p>Autre conception asc\u00e9tique interessante\u221e\u221e: la lumi\u00e8re de la v\u00e9rit\u00e9 est<\/p>\n<p>engendr\u00e9e en son \u00e2me par la crainte (humilit\u00e9) et par l\u2019amour. Elle<\/p>\n<p>cherche \u00e0 donner naissance \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 ainsi con\u00e7ue. Elle manifeste \u00e0<\/p>\n<p>travers oeuvres et actions l\u2019amour divin con\u00e7u en elle et obtient<\/p>\n<p>encore la possession de Dieu lui-m\u00eame par le m\u00e9rite de son oeuvre<\/p>\n<p>d\u2019amour14.<\/p>\n<p>Le th\u00e8me de la lumi\u00e8re n\u2019est qu\u2019effleur\u00e9 dans ce texte. <strong>Alice a<\/strong><\/p>\n<p><strong>atteint le niveau de sa croissance spirituelle o\u00f9 elle respire d\u00e8s lors<\/strong><\/p>\n<p><strong>l\u2019ar\u00f4me qui \u00e9mane des fruits de la Terre promise. Son oeuvre est<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u221eillumin\u00e9e par la lumi\u00e8re de Verite\u221e\u221e\u00bb (<\/strong><strong>Veritatis lumine corde sic<\/strong><\/p>\n<p><strong>fulgente<\/strong><strong>)<\/strong> tandis qu\u2019elle s\u2019efforce d\u2019exp\u00e9rimenter \u00e0 travers l\u2019amour ce<\/p>\n<p>qu\u2019elle a pr\u00e9c\u00e9demment con\u00e7u par son intelligence. Situation classique<\/p>\n<p>en laquelle l\u2019intellect doit descendre dans le coeur. L\u2019auteur va<\/p>\n<p>maintenant d\u00e9velopper son propos en relatant l\u2019exp\u00e9rience int\u00e9rieure<\/p>\n<p>d\u2019Alice en lien avec ses manifestations ext\u00e9rieures. L\u00e0 encore, se<\/p>\n<p>rencontre une r\u00e9f\u00e9rence indirecte \u00e0 la lumi\u00e8re divine lorsque nous<\/p>\n<p>lisons que les larmes de componction d\u2019Alice jaillissent pour une<\/p>\n<p>part de \u00ab\u221ela vision diff\u00e9r\u00e9e de la gloire de Dieu\u221e\u221e\u00bb (dilatione visionis<\/p>\n<p>divinae gloriae). Dans le m\u00eame contexte, on trouve cette affirmation<\/p>\n<p>un peu plus explicite\u221e\u221e: <strong>elle \u00ab\u221ebrille \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur parce qu\u2019elle adh\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00e0 l\u2019image de Dieu qu\u2019elle porte \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, dans son coeur\u221e\u221e\u00bb (<\/strong><strong>intus<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dei imagini quam in corde gessit adh\u00e6rendo nituit<\/strong><strong>).<\/strong> C\u2019est ici que<\/p>\n<p>nous lisons aussi, en termes de feu et de lumi\u00e8re, qu\u2019\u00ab\u221eint\u00e9rieurement,<\/p>\n<p>elle br\u00fblait et flambait par le feu de la chastet\u00e9, tandis qu\u2019\u00e0<\/p>\n<p>l\u2019ext\u00e9rieur elle brillait et portait les fruits de la \u2018nativite\u2019\u221e\u221e\u00bb (intus<\/p>\n<p>Alice de la Cambre 89<\/p>\n<p>14 Tir\u00e9 d\u2019un texte non publi\u00e9, Modern Biographical Sketches of Cistercian Blessed and<\/p>\n<p>Saints, dont le titre original \u00e9tait The Valley of Wormwood, et reproduit dans les s\u00e9ries dupliqu\u00e9es<\/p>\n<p>Cistercian Studies, Livre IV, p. 12 et p. 166-170, production priv\u00e9e de l\u2019Abbaye de<\/p>\n<p>Geths\u00e9mani (1954).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ardens et accensa igne castitatis, foris lucens et producens fructum<\/p>\n<p>nativitatis). Bien des lecteurs se rappelleront ici le commentaire<\/p>\n<p>d\u2019Orig\u00e8ne sur Jean 5, 35\u221e\u221e: le Baptiste y est pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00ab\u221eune<\/p>\n<p>lampe qu\u2019on allume et qui brille\u221e\u221e\u00bb. Il ne suffit pas de br\u00fbler, dit Bernard<\/p>\n<p>\u00e0 la suite d\u2019Orig\u00e8ne, encore faut-il briller. Ceci est si caract\u00e9ristique<\/p>\n<p>de l\u2019enseignement de Bernard que le couple <strong>ardens-lucens<\/strong><\/p>\n<p>constitue la substance m\u00eame de l\u2019oraison de sa fete\u221e\u221e: Dieu tu as<\/p>\n<p>voulu que saint Bernard rempli d\u2019amour pour ton Eglise, soit dans ta<\/p>\n<p>maison la lampe qui br\u00fble et qui eclaire\u221e\u221e; accorde-nous, par son<\/p>\n<p>intercession de vivre comme des fils de la lumi\u00e8re15.<\/p>\n<p>En ce qui concerne le th\u00e8me du lieu, notre auteur s\u2019arrange pour<\/p>\n<p>situer dans son r\u00e9cit la croissance d\u2019Alice vers sa maturit\u00e9 spirituelle,<\/p>\n<p>en r\u00e9f\u00e9rence \u2013 directe ou indirecte \u2013 aux principaux lieux r\u00e9guliers<\/p>\n<p>d\u2019un monast\u00e8re cistercien. Il d\u00e9crit le comportement d\u2019Alice par des<\/p>\n<p>allusions \u00e0 l\u2019infirmerie (in infirmitate), au r\u00e9fectoire (in refectorio),<\/p>\n<p>dans le clo\u00eetre (in claustro), au dortoir (in dormitorio), aux lieux du<\/p>\n<p>travail (in labore), dans la salle de communaut\u00e9 (in colloquio). \u00c0 ce<\/p>\n<p>moment-l\u00e0, sa sph\u00e8re d\u2019activit\u00e9 s\u2019\u00e9tend \u00e0 l\u2019ensemble du monast\u00e8re et<\/p>\n<p>ses relations humaines se r\u00e9duisent aux membres de sa communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Un exorde quelque peu prolixe de l\u2019auteur introduit un <strong>\u00ab\u221emiracle\u221e\u221e\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>dont il rend raison\u221e\u221e: <strong>Alice a dix-neuf ans\u221e\u221e; elle ramasse une bougie<\/strong><\/p>\n<p><strong>tomb\u00e9e de la lampe du sanctuaire afin de l\u2019allumer \u00e0 nouveau (probablement<\/strong><\/p>\n<p><strong>dans la sacristie). Le miracle de la bougie r\u00e9-allum\u00e9e est<\/strong><\/p>\n<p><strong>un lieu commun hagiographique.<\/strong> En fait de miracle, il n\u2019y a pas<\/p>\n<p>grand-chose de miraculeux. Notre auteur, pourtant, y trouve le mat\u00e9riel<\/p>\n<p>d\u2019un th\u00e8me qu\u2019il va bient\u00f4t d\u00e9velopper \u2013 ce qui explique peut\u00eatre<\/p>\n<p>pourquoi il situe cet \u00e9pisode \u00e0 cet endroit quelque peu illogique,<\/p>\n<p>puisqu\u2019il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une jeune fille de dix-neuf ans, alors qu\u2019il vient<\/p>\n<p>de donner un portrait d\u00e9taill\u00e9 d\u2019Alice en sa maturit\u00e9, sans doute un<\/p>\n<p>bon nombre d\u2019ann\u00e9es apr\u00e8s sa profession monastique. <strong>Car Dieu<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u221eallait l\u2019embraser de la lumi\u00e8re de sa propre fulgurance\u221e\u221e\u00bb (<\/strong><strong>ipsam<\/strong><\/p>\n<p><strong>suae claritatis lumine fuerat accensurus<\/strong><strong>). Qu\u2019Alice se soit \u00ab\u221eretrouv\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p><strong>avec en mains la bougie brillante de lumiere\u221e\u221e\u00bb en est le pr\u00e9sage.<\/strong><\/p>\n<p>Ce \u00ab\u221emiracle\u221e\u221e\u00bb vraiment minime, re\u00e7oit donc une fonction de <strong>pivot<\/strong><\/p>\n<p>dans la structure de la Vita d\u2019Alice, tout comme l\u2019\u00e9pisode qui lui succ\u00e8de<\/p>\n<p>imm\u00e9diatement, en lequel <strong>Alice, au cours d\u2019un r\u00eave-vision, voit<\/strong><\/p>\n<p><strong>une croix d\u2019or \u00e9lev\u00e9e au-dessus de l\u2019autel d\u2019un oratoire devant lequel<\/strong><\/p>\n<p>90 Chrysogone Waddell, ocso<\/p>\n<p>15 Deus, qui beatum Bernardum abbatem, zelo domus tuae succensum, in Ecclesia tua<\/p>\n<p>lucere simul et ardere fecisti, eius nobis intercessione concede, ut, eodem spiritu ferventes,<\/p>\n<p>tamquam filii lucis iugiter ambulemus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>elle priait\u221e\u221e:<\/strong> <strong>la brillance de l\u2019or est m\u00eal\u00e9e \u00e0 la passion du Seigneur.<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Sr Edith Scholl<\/em><\/strong> a bien fait d\u2019intituler son \u00e9tude perspicace sur Alice<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u221eThe Golden Cross\u221e\u221e: Aleydis of Schaerbeek<\/strong><strong>16<\/strong><strong>\u221e\u221e\u00bb. <\/strong><\/p>\n<p>La signification de cet \u00e9v\u00e9nement est expos\u00e9e en detail\u221e\u221e: cette vision de la croix et de son<\/p>\n<p>d\u00e9placement, nous manifeste \u00ab\u221ela passion du Seigneur, qu\u2019\u00e0 l\u2019instar<\/p>\n<p>de l\u2019\u00e9pouse du Cantique, Alice portait comme un bouquet de myrrhe<\/p>\n<p>entre ses seins, et le fait que dans les douleurs du coeur et du corps,<\/p>\n<p>elle se pr\u00e9sentait elle-m\u00eame \u00e0 Dieu en tant que martyre, apr\u00e8s que son<\/p>\n<p>martyre fut consum\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019elle-m\u00eame17\u221e\u221e\u00bb. <strong>La plupart d\u2019entre<\/strong><\/p>\n<p><strong>nous se souviennent que Bernard voyait dans le \u00ab\u221ebouquet de<\/strong><\/p>\n<p><strong>myrrhe\u221e\u221e\u00bb (Ct 1, 12) la m\u00e9moire continuelle de Dieu<\/strong><strong>18 <\/strong><strong>et que ce texte<\/strong><\/p>\n<p><strong>fut pyrograv\u00e9 et enterr\u00e9 avec lui.<\/strong><\/p>\n<p>La chambre de la Rencontre dans tout son \u00e9clat<\/p>\n<p>\u00c0 partir de l\u00e0, les th\u00e8mes du lieu et de la lumi\u00e8re reviennent fr\u00e9quemment.<\/p>\n<p>Alice devient l\u00e9preuse. Sa l\u00e9proserie est pr\u00e9sent\u00e9e<\/p>\n<p>comme un gage du parfait amour, procurant \u00e0 l\u2019\u00c9poux la possibilit\u00e9<\/p>\n<p>de visiter son \u00e9pouse. La pr\u00e9c\u00e9dente allusion faite \u00e0 la chambre<\/p>\n<p>(cubiculum) en laquelle elle vivait, fillette \u00e0 Schaerbeek, <strong>pr\u00e9figuration<\/strong><\/p>\n<p><strong>de sa vie ult\u00e9rieure pass\u00e9e dans la <\/strong><strong>camera Sanctae Mariae <\/strong><strong>\u00e0 La<\/strong><\/p>\n<p><strong>Cambre, se transforme en \u00ab\u221echambre de son intimite\u221e\u221e\u00bb (<\/strong><strong>cubiculum<\/strong><\/p>\n<p><strong>mentis suae<\/strong><strong>).<\/strong> Alice y est libre de se donner tout enti\u00e8re \u00e0 son \u00c9poux.<\/p>\n<p>Mais ceci implique qu\u2019elle soit s\u00e9questr\u00e9e, loin de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Or, la communaut\u00e9 reste inconsolable d\u2019avoir perdu la \u00ab\u221efulgurance<\/strong><\/p>\n<p><strong>d\u2019une telle lumiere\u221e\u221e\u00bb qu\u2019\u00e9tait devenue Alice.<\/strong> Son lieu propre est<\/p>\n<p>d\u00e9sormais la poitrine du Christ et ses blessures, vers lesquelles elle<\/p>\n<p>s\u2019envole et o\u00f9 elle trouve refuge. Le Seigneur a sa propre domus, il<\/p>\n<p>enivre de l\u2019abondance de sa pl\u00e9nitude le coeur de sa bien-aim\u00e9e.<\/p>\n<p>Nous reconnaissons l\u00e0 une allusion au psaume <strong>35, 9\u221e\u221e: \u00ab\u221eIls s\u2019enivrent<\/strong><\/p>\n<p><strong>de l\u2019abondance de ta maison.\u221e\u221e\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s quatre ans ou presque, elle quitte sa premi\u00e8re l\u00e9proserie pour<\/p>\n<p>une demeure sp\u00e9cialement construite pour elle, non loin de l\u2019abside de<\/p>\n<p>l\u2019oratoire du monast\u00e8re. Le th\u00e8me du lieu est maintenant d\u00e9velopp\u00e9<\/p>\n<p>avec une extr\u00eame richesse th\u00e9ologique. <strong>Le Seigneur appara\u00eet \u00e0 Alice le<\/strong><\/p>\n<p><strong>jour o\u00f9 elle entre dans sa nouvelle demeure. Debout au milieu de la<\/strong><\/p>\n<p>Alice de la Cambre 91<\/p>\n<p>16 Cf. note 9.<\/p>\n<p>17 Cujus crucis visio similiter et transmissio, non indebite passionem Domini, quam<\/p>\n<p>more Sponsae ut fasciculum myrrhae inter uber deportabat, nobis demonstrat\u221e\u221e; et quod cordis<\/p>\n<p>corporisque afflictione martyrio in se consummato, Martyrem se Deo praesentaret. Vita<\/p>\n<p>n. 8, p. 473.<\/p>\n<p>18 BERNARD, SCt 43.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>pi\u00e8ce (<\/strong><strong>in medio domus<\/strong><strong>), il lui tend les bras, la prend dans ses bras et<\/strong><\/p>\n<p><strong>l\u2019embrasse en disant\u221e\u221e: \u00ab\u221eSois la bienvenue, toi, ma tr\u00e8s ch\u00e8re fille. Il<\/strong><\/p>\n<p><strong>est bien que tu viennes, toi que je d\u00e9sire depuis si longtemps, dans<\/strong><\/p>\n<p><strong>cette tente qui me convient.\u221e\u221e\u00bb La demeure devient <\/strong><strong>tabernaculum, <\/strong><strong>la<\/strong><\/p>\n<p><strong>tente o\u00f9 Dieu \u00e9tait pr\u00e9sent dans le d\u00e9sert et se rendait accessible \u00e0 son<\/strong><\/p>\n<p><strong>ami intime, Mo\u00efse. <\/strong>Une touche de familiarit\u00e9 particuli\u00e8re se fait jour<\/p>\n<p>lorsque J\u00e9sus promet \u00e0 Alice d\u2019\u00eatre son cell\u00e9rier \u2013 seul endroit de toute<\/p>\n<p>la litt\u00e9rature hagiographique, \u00e0 ma connaissance, o\u00f9 J\u00e9sus re\u00e7oive ce<\/p>\n<p>titre, m\u00eame si celui-ci se trouve en parfaite harmonie avec la RB qui<\/p>\n<p>d\u00e9crit le cell\u00e9rier comme devant \u00eatre un p\u00e8re pour la communaut\u00e9 dans<\/p>\n<p>son ensemble (RB 31, 2). Mais le th\u00e8me de la chambre int\u00e9rieure<\/p>\n<p>d\u2019Alice demeure premier, tandis que, pour se pr\u00e9parer \u00e0 recevoir l\u2019Eucharistie,<\/p>\n<p>elle a l\u2019habitude de rendre sa chambre nuptiale apte \u00e0 recevoir<\/p>\n<p>son \u00c9poux. Quand vint le moment pour Alice de recevoir l\u2019Eucharistie,<\/p>\n<p>\u00ab\u221eelle sentit que le Seigneur ouvrait son coeur comme s\u2019il e\u00fbt<\/p>\n<p>\u00e9t\u00e9 une porte19\u221e\u221e\u00bb. Mais le coeur d\u2019Alice est tout aussi bien un jardin o\u00f9<\/p>\n<p>le Seigneur daigne entrer \u00ab\u221eavec une joie inexprimable, une douceur<\/p>\n<p>incomparable, et une jubilation spirituelle indicible20\u221e\u221e\u00bb.<\/p>\n<p>Il semble bien que l\u2019appartement d\u2019Alice fut suffisamment grand<\/p>\n<p>pour comporter un oratoire. Une femme avait l\u2019habitude de se tenir \u00e0<\/p>\n<p>proximit\u00e9 pour entendre la messe et prier.<\/p>\n<p><strong>Un jour, elle vit l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019oratoire compl\u00e8tement envelopp\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><strong>comme par une flamme de feu.<\/strong> <strong>Se dressant pour regarder \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur<\/strong><\/p>\n<p><strong>(par la fenetre\u221e\u221e?), elle aper\u00e7ut l\u2019\u00e9pouse du Christ pour ainsi dire tout<\/strong><\/p>\n<p><strong>en feu et vit la gloire de Dieu qui demeurait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la pi\u00e8ce \u2013<\/strong><\/p>\n<p><strong>une gloire dont la brillance semblait d\u00e9passer incomparablement la<\/strong><\/p>\n<p><strong>splendeur de toute pierre pr\u00e9cieuse, de tout joyau<\/strong><strong>21<\/strong><strong>.<\/strong><\/p>\n<p>Un d\u00e9fi th\u00e9ologique exp\u00e9riment\u00e9 par Alice m\u00e9rite une mention<\/p>\n<p>particuli\u00e8re. <strong>Elle aimait tr\u00e8s sp\u00e9cialement la f\u00eate d\u2019Ursule et des onze<\/strong><\/p>\n<p><strong>mille vierges \u2013<\/strong> saintes qui rassemblaient en elles la gloire de la virginit\u00e9<\/p>\n<p>et celle du martyre. \u00c9tant donn\u00e9 qu\u2019il lui \u00e9tait impossible de<\/p>\n<p>chanter l\u2019office parmi ses soeurs de la communaut\u00e9, Alice se pr\u00e9cipita<\/p>\n<p>vers le Seigneur, le priant, \u00ab\u221eapr\u00e8s la d\u00e9tresse de la vie presente\u221e\u221e<\/p>\n<p>\u00bb, de ne pas permettre qu\u2019elle \u00ab\u221esoit s\u00e9par\u00e9e \u00e0 tout le moins de<\/p>\n<p>ses compagnes22\u221e\u221e\u00bb. Le th\u00e8me du lieu, ici, joue au moins de fa\u00e7on<\/p>\n<p>indirecte. La r\u00e9ponse du Seigneur est curieuse\u221e\u221e: <strong>\u00ab\u221eMa tr\u00e8s ch\u00e8re fille,<\/strong><\/p>\n<p>92 Chrysogone Waddell, ocso<\/p>\n<p>19 Quando vero hora instabat Sanctum Sanctorum percipiendi, sensit cor suum more ostii<\/p>\n<p>a Domino sibi aperiri\u2026 Ibid., n. 13, p. 474.<\/p>\n<p>20 Ibid.<\/p>\n<p>21 Ibid., n. 14.<\/p>\n<p>22 Ibid., n. 16.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ce ne sont pas ces vierges qui seront tes compagnes, selon ton d\u00e9sir.<\/p>\n<p>Tu seras bien plus \u00e9lev\u00e9e dans mon royaume.\u221e\u221e\u00bb Mais ceci ne correspondait<\/p>\n<p>pas \u00e0 ce que voulait Alice. Elle voulait \u00eatre avec ses soeurs et<\/p>\n<p>non pas au-dessus d\u2019elles23. Le jeune Thomas Merton eut une intuition<\/p>\n<p>remarquable quant \u00e0 ce \u00ab\u221eprobleme\u221e\u221e\u00bb\u221e\u221e:<\/p>\n<p>Nous avons du mal \u00e0 comprendre de tels \u00e9nonc\u00e9s au sujet du ciel \u2013<\/p>\n<p>\u00e9nonc\u00e9s en lesquels les \u00e2mes sont dites plus ou moins \u00e9lev\u00e9es les<\/p>\n<p>unes par rapport aux autres \u2013 et ce, en raison de notre notion terrestre<\/p>\n<p>de la dignite\u221e\u221e: sur terre, \u00e9l\u00e9vation sociale implique distanciation des<\/p>\n<p>subalternes. Nous n\u2019imaginons pas que la joie des \u00e2mes \u00ab\u221eles plus<\/p>\n<p>elevees\u221e\u221e\u00bb dans le ciel \u2013 et en fait, ce qui les rend plus \u00e9lev\u00e9es \u2013 est la<\/p>\n<p>joie de leur charit\u00e9 plus vaste, qui s\u2019exprime en ruisselant sur les<\/p>\n<p>\u00e2mes qui sont moins \u00e9lev\u00e9es. On les dit plus \u00e9lev\u00e9es parce qu\u2019elles<\/p>\n<p>ont davantage \u00e0 donner, davantage \u00e0 communiquer aux autres. Et,<\/p>\n<p>bien s\u00fbr, ce don de leur propre joie les unit de fa\u00e7on plus intime, plus<\/p>\n<p>totale \u00e0 celles auxquelles cette joie est partag\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 toutes<\/p>\n<p>les autres \u00e2mes du ciel. Il ressort de ceci qu\u2019en fait, <strong>promesse \u00e9tait<\/strong><\/p>\n<p><strong>donn\u00e9e \u00e0 la bienheureuse Aleyde de se trouver plus proche des<\/strong><\/p>\n<p><strong>vierges martyres en \u00e9tant \u00e0 une place plus \u00e9lev\u00e9e dans le ciel qu\u2019elle<\/strong><\/p>\n<p><strong>ne l\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 en demeurant simplement \u00e0 leur niveau<\/strong><strong>24<\/strong><strong>.<\/strong><\/p>\n<p>Une autre sc\u00e8ne encore a trait au th\u00e8me du feu et de la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>Cette fois-ci, Alice l\u00e8ve les yeux au ciel en chantant le onzi\u00e8me<\/p>\n<p>r\u00e9pons de l\u2019office de la nuit pascale\u221e\u221e: Surrexit Dominus. Il faut en<\/p>\n<p>avoir sous les yeux le texte complet, pour saisir la r\u00e9elle port\u00e9e de<\/p>\n<p>l\u2019evenement\u221e\u221e:<\/p>\n<p>R. Le Seigneur s\u2019est lev\u00e9 de la tombe, alleluia, lui qui pour nous a \u00e9t\u00e9<\/p>\n<p>pendu au bois, alleluia.<\/p>\n<p>V. Que le ciel soit en f\u00eate, que la terre se r\u00e9jouisse devant la face du<\/p>\n<p>Seigneur.<\/p>\n<p>Alice voit alors les cieux ouverts comme s\u2019ils \u00e9taient un tombeau,<\/p>\n<p>et une brillance semblable \u00e0 une fournaise sortait et enveloppait le<\/p>\n<p>monast\u00e8re tout entier de son feu, \u00e0 tel point que sa l\u00e9proserie ellem\u00eame<\/p>\n<p>paraissait pr\u00eate \u00e0 \u00eatre consum\u00e9e. Voil\u00e0 qui est plus frappant<\/p>\n<p>qu\u2019on ne pourrait le penser au premier abord. En effet, c\u2019est le<\/p>\n<p>monast\u00e8re, lieu de r\u00e9sidence des soeurs d\u2019Alice qui est embras\u00e9 en<\/p>\n<p>premier du feu qui jaillit du tombeau du Christ ressuscit\u00e9. Alors seulement,<\/p>\n<p>l\u2019habitation d\u2019Alice re\u00e7oit quelque chose de ce feu, \u00e0 partir<\/p>\n<p>du monast\u00e8re.<\/p>\n<p>Alice de la Cambre 93<\/p>\n<p>23 Le latin n\u2019est pas tr\u00e8s clair. J\u00e9sus fait-il allusion \u00e0 la place d\u2019Alice au ciel avec ses<\/p>\n<p>soeurs, ou \u00e0 sa place au ciel avec les onze mille vierges\u221e\u221e?<\/p>\n<p>24 Page 169 de l\u2019ouvrage cit\u00e9 \u00e0 la note 14.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le rayonnement d\u2019Alice<\/p>\n<p>La Vita entre maintenant dans un nouveau d\u00e9veloppement. Jusqu\u2019ici<\/p>\n<p>la sph\u00e8re d\u2019activit\u00e9 d\u2019Alice \u00e9tait sa seule communaut\u00e9. Elle<\/p>\n<p>s\u2019\u00e9tend d\u00e8s lors et englobe les autres personnes. D\u2019abord celles qui<\/p>\n<p>souffrent au purgatoire et dont elle partage les douleurs p\u00e9nitentielles.<\/p>\n<p>Bient\u00f4t cependant, sa compassion s\u2019\u00e9largit et va jusqu\u2019\u00e0 envelopper<\/p>\n<p>le genre humain dans son ensemble, vivants et morts. Son<\/p>\n<p>espace personnel est r\u00e9duit, mais sa mission est aussi vaste que le<\/p>\n<p>monde. L\u2019univers entier devient, pour ainsi dire, sa mission.<\/p>\n<p>Sur le point de mourir, Alice devient grabataire. Le 11 juin 1248<\/p>\n<p>ou 1249 (on discute de la date exacte), f\u00eate de saint Barnab\u00e9, elle<\/p>\n<p>re\u00e7oit les derniers sacrements. Mais elle devra vivre une ann\u00e9e<\/p>\n<p>encore. L\u2019ann\u00e9e la plus f\u00e9conde de sa vie.<\/p>\n<p>Son exp\u00e9rience de la lumi\u00e8re physique diminue lorsque son oeil<\/p>\n<p>droit perd la vue. <strong>Elle offre cette perte au \u00ab\u221eVrai P\u00e8re des lumieres\u221e\u221e\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>au profit du nouvel \u00e9lu, Guillaume, comte de Hollande, roi des<\/strong><\/p>\n<p><strong>Romains, afin que le regard de connaissance v\u00e9ritable et d\u2019intelligence<\/strong><\/p>\n<p><strong>l\u2019illumine<\/strong><strong>25<\/strong><strong>. De m\u00eame, elle perdra plus tard l\u2019usage de l\u2019oeil<\/strong><\/p>\n<p><strong>gauche et offrira cette perte en faveur du roi saint Louis, alors en<\/strong><\/p>\n<p><strong>croisade, \u00ab\u221eafin que le regard de lumi\u00e8re de Dieu l\u2019illumine<\/strong><strong>26<\/strong><strong>\u221e\u221e\u00bb.<\/strong> La perte de la lumi\u00e8re physique par Alice, signifie la communication \u00e0<\/p>\n<p>d\u2019autres, de la lumi\u00e8re spirituelle.<\/p>\n<p>Sa sph\u00e8re d\u2019activit\u00e9 se r\u00e9duit encore \u00e0 la Septuag\u00e9sime. Jusqu\u2019\u00e0<\/p>\n<p>cette date, il lui avait \u00e9t\u00e9 possible de clopiner depuis le fond de l\u2019oratoire<\/p>\n<p>jusqu\u2019\u00e0 sa l\u00e9proserie. Mais voici qu\u2019elle r\u00e9alise \u00e0 quel point,<\/p>\n<p>tous ces derniers temps, le trajet a \u00e9t\u00e9 douloureux27. Devenue compl\u00e8tement<\/p>\n<p>handicap\u00e9e du pied droit, elle est confin\u00e9e aux quatre murs<\/p>\n<p>de sa chambre28. Pourtant, le domaine de son activit\u00e9 ext\u00e9rieure<\/p>\n<p>s\u2019\u00e9tend encore, au point de compter m\u00eame ceux qui subissent les<\/p>\n<p>souffrances de la damnation en enfer (ce qui est malais\u00e9 \u00e0 expliquer<\/p>\n<p>en termes th\u00e9ologiques).<\/p>\n<p>Du 30 mars au dernier jour de sa vie \u2013 sauf les deux journ\u00e9es qui ont<\/p>\n<p>imm\u00e9diatement pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la s\u00e9paration de son corps et de son \u00e2me, elle<\/p>\n<p>fut si atrocement tortur\u00e9e que trois ou quatre fois par jour, elle affirmait<\/p>\n<p>supporter des tourments terribles et horriblement douloureux,<\/p>\n<p>tant\u00f4t en enfer, tant\u00f4t au purgatoire.<\/p>\n<p>94 Chrysogone Waddell, ocso<\/p>\n<p>25 Vita, n. 23, p. 475.<\/p>\n<p>26 Ibid., n. 27, p. 476.<\/p>\n<p>27 Ibid., n 24, p. 475-476.<\/p>\n<p>28 Ibid., n. 25, p. 476.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Et pourtant, \u00ab\u221eelle demeurait toujours, d\u2019une certaine fa\u00e7on, dans<\/p>\n<p>les embrassements de J\u00e9sus29\u221e\u221e\u00bb. C\u2019\u00e9tait maintenant le v\u00e9ritable<\/p>\n<p>\u00ab\u221elieu\u221e\u221e\u00bb d\u2019Alice\u221e\u221e: dans les bras de J\u00e9sus.<\/p>\n<p>D\u2019autres exemples sont donn\u00e9s du champ d\u2019apostolat d\u2019Alice par<\/p>\n<p>la souffrance, mais ils ajoutent peu de choses aux paragraphes pr\u00e9c\u00e9dents,<\/p>\n<p>sauf peut-\u00eatre la vision du Sauveur crucifi\u00e9 le vendredi saint.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019elle f\u00fbt totalement aveugle, Alice supplia de contempler<\/p>\n<p>J\u00e9sus \u00ab\u221eses mains ensanglant\u00e9es, ses pieds perc\u00e9s de clous, son c\u00f4t\u00e9<\/p>\n<p>transperce\u221e\u221e\u00bb par la lance. Et sa demande est exauc\u00e9e, son ardeur en<\/p>\n<p>est d\u00e9cupl\u00e9e afin que l\u2019ensemble du genre humain puisse go\u00fbter la<\/p>\n<p>joie de son R\u00e9dempteur30.<\/p>\n<p>Alors que la sph\u00e8re d\u2019humanit\u00e9 \u00e0 laquelle Alice est maintenant<\/p>\n<p>identifi\u00e9e, s\u2019est dilat\u00e9e au point d\u2019englober le genre humain tout<\/p>\n<p>entier, la sph\u00e8re de son activit\u00e9 physique est r\u00e9duite \u00e0 presque rien.<\/p>\n<p>D\u2019abord recluse en sa petite domus de l\u00e9preuse, puis \u00e0 son lit, Alice<\/p>\n<p>paralys\u00e9e n\u2019a plus d\u00e9sormais que la ma\u00eetrise de sa langue. Elle s\u2019en<\/p>\n<p>sert pour chanter les louanges de Dieu\u221e\u221e: \u00ab\u221eSa langue, avec laquelle,<\/p>\n<p>aussi longtemps qu\u2019elle le put, elle chantait sans interruption les<\/p>\n<p>louanges de Dieu31.\u221e\u221e\u00bb<\/p>\n<p>La description de la mort d\u2019Alice est particuli\u00e8rement \u00e9mouvante,<\/p>\n<p>riche en \u00e9vocations scripturaires et liturgiques. Elle d\u00e9bute le vendredi<\/p>\n<p>et se poursuit le samedi. Nous sommes apr\u00e8s complies et ce<\/p>\n<p>corps toujours vivant, mais oppress\u00e9 par la l\u00e8pre \u2013 telle une \u00e9pouse<\/p>\n<p>orn\u00e9e de sa parure nuptiale se pr\u00e9pare aux noces \u2013 se h\u00e2te vers le<\/p>\n<p>portail de la mort. Elle fait ses adieux \u00e0 ses amis, recommande son<\/p>\n<p>\u00e2me \u00e0 Dieu et, <strong>quand pointe l\u2019aurore<\/strong>, sommeille et se repose (allusion<\/p>\n<p><strong>au psaume 4<\/strong> de complies). Elle se renverse sur son \u00ab\u221epetit lit\u221e\u221e\u00bb,<\/p>\n<p>le \u00ab\u221epetit lit\u221e\u221e\u00bb qui symbolise la vie asc\u00e9tique et contemplative dans<\/p>\n<p>les \u00e9crits patristiques. <strong>Au moment o\u00f9 se l\u00e8ve le soleil \u2013 nous comprenons<\/strong><\/p>\n<p><strong>qu\u2019il s\u2019agit du Soleil de Justice, le Seigneur<\/strong> qui ressuscite \u2013<\/p>\n<p>elle soupire doucement et remet son \u00e2me. Les termes sont ici<\/p>\n<p>emprunt\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00c9vangile et au r\u00e9cit de J\u00e9sus remettant son esprit sur la<\/p>\n<p>croix. Bref, la mort et la r\u00e9surrection du Seigneur J\u00e9sus ench\u00e2ssent la<\/p>\n<p>mort d\u2019Alice. L\u2019ensemble du texte est d\u2019une extr\u00eame beaut\u00e932.<\/p>\n<p>La dynamique de la Vita d\u2019Alice touche \u00e0 sa fin. Alice, dont la<\/p>\n<p>sph\u00e8re d\u2019activit\u00e9 physique s\u2019\u00e9tait graduellement et inexorablement<\/p>\n<p>Alice de la Cambre 95<\/p>\n<p>29 Ibid.<\/p>\n<p>30 Ibid., n. 30, p. 476.<\/p>\n<p>31 Ibid., n. 31, p. 476.<\/p>\n<p>32 Ibid., n. 32, p. 476-477.<\/p>\n<p>r\u00e9duite, trouve son lieu pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9 avec les anges de l\u2019ordre le<\/p>\n<p>plus \u00e9lev\u00e9, ch\u00e9rubins et s\u00e9raphins. Leur essence m\u00eame est de br\u00fbler<\/p>\n<p>d\u2019un flamboiement d\u2019amour et de gloire dans la louange du Dieu<\/p>\n<p>vivant. Toutes les allusions pr\u00e9c\u00e9dentes \u00e0 la lumi\u00e8re et aux flammes,<\/p>\n<p>tant \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur qu\u2019en Alice elle-m\u00eame, qu\u2019elles fussent naturelles<\/p>\n<p>ou surnaturelles, trouvent leur accomplissement au moment o\u00f9 Alice<\/p>\n<p>devient elle-m\u00eame pr\u00e9sence embras\u00e9e devant la face de Dieu. Le<\/p>\n<p>th\u00e8me du lieu, lui aussi, re\u00e7oit un accomplissement triomphal dans le<\/p>\n<p>cort\u00e8ge de tous les habitants du ciel conduits par notre Seigneur J\u00e9sus<\/p>\n<p>Christ et sa M\u00e8re Marie afin de la mener \u00e0 la J\u00e9rusalem c\u00e9leste. Il ne<\/p>\n<p>faut pas n\u00e9gliger le d\u00e9licat humour de cette sc\u00e8ne. Si, dans le r\u00e9pons<\/p>\n<p>traditionnel pour recommander l\u2019\u00e2me \u00e0 Dieu, on fait appel aux saints<\/p>\n<p>et aux anges afin qu\u2019ils viennent escorter le d\u00e9funt et le pr\u00e9senter<\/p>\n<p>devant le Tr\u00e8s-Haut33, dans notre texte, c\u2019est J\u00e9sus et Marie qui<\/p>\n<p>conduisent la procession de bienvenue. Et J\u00e9sus, qui avait accueilli<\/p>\n<p>Alice lors de son entr\u00e9e dans sa l\u00e9proserie, maintenant encore l\u2019embrasse<\/p>\n<p>et la re\u00e7oit, la proclamant vierge et martyre et lui assignant une<\/p>\n<p>place au milieu des ch\u00e9rubins et des s\u00e9raphins. Tous les symboles et<\/p>\n<p>les images des paragraphes pr\u00e9c\u00e9dents trouvent ici leur r\u00e9solution34.<\/p>\n<p>Dans son \u00e9tude sur la Vita Aleydis, le jeune Thomas Merton ecrivait\u221e\u221e:<\/p>\n<p>La vie d\u2019Aleyde de Schaerbeek, r\u00e9dig\u00e9e par un moine qui lui \u00e9tait<\/p>\n<p>contemporain, est non seulement une r\u00e9flexion objective sur une<\/p>\n<p>grande mystique, mais tout \u00e0 la fois un trait\u00e9 concis et pratique d\u2019asc\u00e9tisme<\/p>\n<p>cistercien. Le premier chapitre, celui qui a trait \u00e0 ses vertus<\/p>\n<p>monastiques, devrait \u00eatre mis entre les mains de tout moine, de tout<\/p>\n<p>fr\u00e8re convers de l\u2019Ordre35.<\/p>\n<p>Nul parmi ceux qui auront lu et approfondi cette Vita n\u2019y serait<\/p>\n<p>oppos\u00e9, sauf peut-\u00eatre \u00e0 sugg\u00e9rer que l\u2019on mette entre les mains de<\/p>\n<p>tous les membres de notre Ordre la Vita dans son ensemble. Car vraiment,<\/p>\n<p>ces quelques paragraphes n\u2019ont rien perdu de leur \u00e0-propos<\/p>\n<p>pour notre g\u00e9n\u00e9ration d\u2019apr\u00e8s Vatican II et il en sera encore de m\u00eame<\/p>\n<p>pour les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Abbey of Gethsemani Chrysogonus WADDELL, ocso<\/p>\n<p>3642 Monks Road<\/p>\n<p>Trappist, KY 40051-6152<\/p>\n<p>U.S.A.<\/p>\n<p>96 Chrysogone Waddell, ocso<\/p>\n<p>33 Subvenite, Sancti Dei, occurrite Angeli Domini, suscipientes animam eius, offerentes<\/p>\n<p>eam in conspectu altissimi.<\/p>\n<p>34 Ibid., n. 33, p. 477.<\/p>\n<p>35 Page 166 de l\u2019ouvrage cit\u00e9 \u00e0 la note 14.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Lakm\u00e9.<br \/>\nMa bien-aim\u00e9.<br \/>\nPourrais-tu un jour me regarder ?<br \/>\nC&#8217;est l&#8217;hiver en ton c\u0153ur,<br \/>\nO\u00f9 est pass\u00e9e ton ardeur ?<br \/>\nJe voudrais tant,<br \/>\nJe voudrais<br \/>\nUn seul jour t&#8217;aimer,<br \/>\nPour que tu me voies \u00e0 tes pieds,<br \/>\nSuppliant et contrit devant ta beaut\u00e9<br \/>\nMa Lakm\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C&#8217;est dans un monde sans bruits qu&#8217;elle naqu\u00eet.<br \/>\nUn monde sans vie.<br \/>\nEst-il encore possible pour elle d&#8217;aimer<br \/>\nDans ce monde solitaire o\u00f9 tout l&#8217;effraie ?<br \/>\nIl n&#8217;y a plus rien \u00e0 faire,<br \/>\nIl est trop tard pour la tirer d&#8217;affaire.<br \/>\nRegarde ses cheveux bruns qui volent<br \/>\nRegarde ses yeux noirs qui papillonent<br \/>\nBient\u00f4t cela ne sera plus \u00e0 toi<br \/>\nCar plus jamais tu ne seras roi.<\/p>\n<p>Marche mon enfant,<br \/>\nMarche au devant du vent !<br \/>\nIl n&#8217;y a rien ici que tu puisse fuir,<br \/>\nRien qui ne puisse s&#8217;enfuir<br \/>\nRegarde au loin la lune haute<br \/>\nNe cesseras-tu donc jamais d&#8217;\u00eatre sotte ?<\/p>\n<p>C&#8217;est \u00e0 l&#8217;aube de la nuit qu&#8217;elle finit<br \/>\nDoucement, tendrement, sa vie.<br \/>\nIl n&#8217;y avait rien de plus qu&#8217;ailleurs,<br \/>\nAlors pourquoi cette soudaine ardeur ?<br \/>\nRien ne pouvait la prot\u00e9ger,<br \/>\nRien ne l&#8217;a fait.<br \/>\n&#8220;Sais-tu que le son de ta voix me manque ?<br \/>\nSais-tu que l&#8217;image de ton doux sourire me hante ?<br \/>\nNe crois-tu pas, que, pour une fois,<br \/>\nTu aurais pu, avant de partir, me laisser seul avec toi ?&#8221;<\/p>\n<p>Marche mon enfant,<br \/>\nMarche au devant du vent !<br \/>\nIl n&#8217;y a rien ici que tu puisse fuir,<br \/>\nRien qui ne puisse s&#8217;enfuir<br \/>\nRegarde au loin la lune haute<br \/>\nNe cesseras-tu donc jamais d&#8217;\u00eatre sotte ?<\/p>\n<p>&#8220;Sur la tombe lunaire,<br \/>\nO\u00f9 tombent donc tes pleurs amers ?<br \/>\nTu n&#8217;as pas voulu me suivre,<br \/>\nTu n&#8217;as pas voulu survivre.<br \/>\nMais que serais-je sans toi,<br \/>\nDis-le moi ?&#8221;<\/p>\n<p>Marche mon enfant,<br \/>\nMarche au devant du vent !<br \/>\nIl n&#8217;y a rien ici que tu puisse fuir,<br \/>\nRien qui ne puisse s&#8217;enfuir<br \/>\nRegarde au loin la lune haute<br \/>\nNe cesseras-tu donc jamais d&#8217;\u00eatre sotte ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Regardez, regardez !<br \/>\nLa nymphe aux cheveux d&#8217;or s&#8217;est pos\u00e9e,<br \/>\nPr\u00e8s de l&#8217;\u00e9tang, le long des pr\u00e9s !<br \/>\nMais quelle est donc cette tristesse qui l&#8217;enveloppe<br \/>\nLui p\u00e2lissant le teint tel \u00e0 une morte ?<br \/>\nSoupire la nymphe puis s&#8217;effondre,Elle regarde l&#8217;eau qui s&#8217;\u00e9tend<br \/>\nElle regarde le soleil blanc<br \/>\nCar son c\u0153ur lentement s&#8217;est bris\u00e9,<br \/>\nSi triste que ses larmes ne roulent m\u00eame pas sur le sol,<br \/>\nSi triste que ses yeux autrefois moqueurs fixent sans vie le lointain,<br \/>\nSans m\u00eame voir ceux qui s&#8217;approchent sans fin, et passent devant ses yeux \u00e9teints&#8230;<br \/>\nRien ne peut la faire sourire,<br \/>\nRien ne peut plus la faire rire.<br \/>\nSon amant s&#8217;est \u00e9chapp\u00e9 comme la lune le matin,<br \/>\nSans un mot de vie, sans un mot d&#8217;amour<br \/>\n&#8220;Qu&#8217;aurais-je du faire d\u00eetes-moi ?&#8221;<br \/>\nSoupire la nymphe qui s&#8217;effondre,<br \/>\nLe regard au loin dans les abysses profondes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le temps dort, silencieux en ton c\u0153ur<br \/>\nEn un jour, en une seule heure,<br \/>\nCrois-tu \u00eatre capable de me faire peur ?<br \/>\nCar je veux que tu m&#8217;effraies,<br \/>\nAu point o\u00f9 je ne puisse plus t&#8217;oublier&#8230;<br \/>\nOui, je veux que tu m&#8217;effraies,<br \/>\nPour te voir dans chaque ombre de la nuit,<br \/>\nEt pour qu&#8217;\u00e0 toi seul appartienne mes cris&#8230;<br \/>\nCrois-tu qu&#8217;il soit trop tard ?<br \/>\nJ&#8217;aurais tant aimer te voir&#8230;<br \/>\nSoupire, soupire tant que tu veux,<br \/>\nCela n&#8217;\u00e9crasera jamais mon rire heureux !<br \/>\nLorsque je m&#8217;endors aupr\u00e8s de toi,<br \/>\nApais\u00e9e, pleine de f\u00e9licit\u00e9, sans aucunes lois,<br \/>\nCar c&#8217;est \u00e0 tes c\u00f4t\u00e8s que j&#8217;ai d\u00e9cider de marcher,<br \/>\nA tes c\u00f4t\u00e8s que j&#8217;ai d\u00e9cider d&#8217;aimer !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Hadewijch<\/strong>. (a) Hadewijch (milieu du XIII \u00e8me si\u00e8cle) est une po\u00e9tesse et une mystique flamande. Dans ses po\u00e8mes d\u2019inspiration courtoise, l\u2019\u00a0<strong>amou<\/strong>r tend \u00e0 se substituer \u00e0\u00a0<strong>Dieu<\/strong>\u00a0par une exp\u00e9rience extatique d\u00e9crite avec une particuli\u00e8re\u00a0<strong>sensualit\u00e9<\/strong>.<\/p>\n<p>(b) Hadewijch serait n\u00e9e \u00e0 Anvers, mais rien ne dit qu\u2019elle f\u00fbt dans un monast\u00e8re ou un\u00a0<strong>b\u00e9guinage<\/strong>. Joseph Van Mierlo (\u201cDe visioenen van \u00a0Hadewijch\u201d, Louvain, 1924-1925) s\u2019appuie sur sa langue braban\u00e7onne et sa\u00a0<strong>connaissance<\/strong>\u00a0des troubadours pour supposer son appartenance \u00e0 l\u2019aristocratie. Son oeuvre a du \u00eatre \u00e9crite entre 1220 \u00e0 1240. La \u201cListe des parfaits amants\u201d, contenant 107\u00a0noms, dont 57\u00a0contemporains de Hadewijch, fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0\u00a0<strong>Aleydis de Cambrai<\/strong>\u00a0&lt;&lt;que ma\u00eetre Robert fit mourir pour son juste amour&gt;&gt;. Elle n\u2019a pu \u00eatre \u00e9crite qu\u2019entre 1236, la date d\u2019ex\u00e9cution d\u2019Aleydis \u00e0 Cambrai et 1239, la date de la destitution du z\u00e9l\u00e9 inquisiteur\u00a0<strong>Robert le Bougre<\/strong>\u00a0.<\/p>\n<p>(c) Comme\u00a0<strong>Bloemardinne<\/strong>\u00a0de Bruxelles (morte en 1335), Hadewijch de Brabant assimile l\u2019\u00a0<strong>amour s\u00e9raphique<\/strong>\u00a0\u00e0 l\u2019amour charnel ou l\u2019amour de Dieu \u00e0 l\u2019\u00a0<strong>amour physique<\/strong>\u00a0.<\/p>\n<ul>\n<li>&lt;&lt;L\u2019Amour n\u2019est justiciable de personne, mais tout est justiciable de lui. (Hadewijch)&gt;&gt;.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ceci aurait pu \u00eatre dans la correspondance d\u2019\u00a0<strong>H\u00e9lo\u00efse<\/strong>\u00a0(1101-1164) et de\u00a0<strong>Pierre Ab\u00e9lard<\/strong>\u00a0(1079-1142) un si\u00e8cle plus t\u00f4t.<\/p>\n<p>(d) Hadewijch identifie Dieu et\u00a0<strong>La Cr\u00e9ation<\/strong>\u00a0\u00e0 la manifestation de l\u2019amour.<\/p>\n<ul>\n<li>&lt;&lt;La onzi\u00e8me heure innomm\u00e9e est celle o\u00f9 l\u2019amour poss\u00e8de avec violence celui qu\u2019il aime, en sorte que notre esprit ne peut s\u2019\u00e9carter de l\u2019amour un seul instant, notre c\u0153ur ne peut d\u00e9sirer, notre \u00e2me ne peut aimer nulle chose hors de lui. L\u2019amour rend la pens\u00e9e de l\u2019homme si simple qu\u2019il ne peut songer ni aux saints, ni aux hommes, ni au ciel, ni \u00e0 la terre, ni aux anges, ni \u00e0 lui-m\u00eame, ni \u00e0 Dieu, mais au seul amour qui a pris possession de lui, toujours pr\u00e9sent, toujours nouveau. (Lettre\u00a0XX)&gt;&gt;.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Voir\u00a0<strong>Tribunal d\u2019Inquisition<\/strong>\u00a0.\u00a0<strong>Extase de Sainte Th\u00e9r\u00e8se<\/strong>\u00a0.\u00a0<strong>Amauriciens<\/strong>.\u00a0<strong>Mechthild von Magdeburg<\/strong>\u00a0.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019accusation d\u2019h\u00e9r\u00e9sie \u00e9tait un moyen de d\u00e9fense contre une certaine critique, directe ou indirecte, du rel\u00e2chement du clerg\u00e9, qui n\u2019\u00e9tait pas sans fondement. Petrus Cantor, combattant les ordalies, donne justement l\u2019exemple de pieuses femmes de Flandre, accus\u00e9es d\u2019avoir eu des relations avec les Cathares, ou simplement pers\u00e9cut\u00e9es, parce qu\u2019elles refusaient de consentir \u00e0 ces faiblesses. <strong>Voir le cas d\u2019Aleydis de Cambrai, r\u00e9habilit\u00e9 en quelque sorte par l\u2019indignation<\/strong> g\u00e9n\u00e9rale, la condamnation de son juge et le souvenir que lui consacre Hadewijch. \u2014 Il semble que pour l\u2019opinion populaire, comme pour les th\u00e9ologiens, l\u2019asc\u00e9tisme des spirituels et surtout leur pr\u00e9tention de trouver Dieu dans l\u2019\u00e2me sans interm\u00e9diaire, ait provoqu\u00e9 des soup\u00e7ons et cr\u00e9\u00e9 des pr\u00e9jug\u00e9s hostiles. Ce qui conduisit Jeanne d\u2019Arc au b\u00fbcher, outre les haines politiques, fut le caract\u00e8re imm\u00e9diat de sa mission, re\u00e7ue d\u2019une autorit\u00e9 int\u00e9rieure et qu\u2019une autre instance serait tent\u00e9e de mettre en question. Ce fut aussi la psychologie sans nuance du Moyen-\u00c2ge, pour qui l\u2019extatique ne pouvait \u00eatre que ministre de l\u2019Esprit-saint ou supp\u00f4t de Satan. On sait que la th\u00e8se selon laquelle Jeanne aurait \u00e9t\u00e9 tertiaire franciscaine s\u2019appuie exclusivement sur le fait qu\u2019un document contemporain (<em>Chronique de Morosini<\/em>, ann\u00e9e 1429, \u00e9d. de la\u00a0<em>St\u00e9 d\u2019Histoire de France<\/em>, Paris, 1901, t. III, p. 92) la d\u00e9clare express\u00e9ment b\u00e9guine. \u2014 Tout \u00e0 l\u2019inverse, le conflit que la sainte b\u00e9guine Lydwine de Schiedam soutint avec son cur\u00e9, dans la circonstance notamment o\u00f9 celui-ci refusa de traiter comme consacr\u00e9e une hostie tomb\u00e9e du ciel entre les mains de la jeune fille, faillit se terminer tragiquement pour le pr\u00eatre, contre qui le peuple avait pris parti. \u2014 Pour juger avec \u00e9quit\u00e9 de ces conflits et de certaines erreurs, il faut prendre conscience de la d\u00e9licatesse du probl\u00e8me pos\u00e9 \u00e0 chaque g\u00e9n\u00e9ration sous une forme nouvelle par le double caract\u00e8re de l\u2019\u00c9glise : soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e2mes \u00e0 qui Dieu est imm\u00e9diatement pr\u00e9sent, et soci\u00e9t\u00e9 de personnes ordonn\u00e9es dans une hi\u00e9rarchie visible. Il faut qu\u2019ici et l\u00e0 passe un m\u00eame courant de gr\u00e2ce : que la volont\u00e9 infid\u00e8le s\u2019y oppose d\u2019une part ou de l\u2019autre, est un malheur, car la moindre faute \u00e0 ce niveau \u00e9lev\u00e9 porte des cons\u00e9quences incalculables, et c\u2019est de si\u00e8cle en si\u00e8cle que nous suivons, dans la trame de l\u2019histoire, la d\u00e9chirure.<\/p>\n<h2>La r\u00e9volution des b\u00e9guines (Mohammed Taleb)<\/h2>\n<div>\n<p>Pubblicato da\u00a0<a href=\"http:\/\/www.dimensionesperanza.it\/articles-en-francais\/itemlist\/user\/64-faustoferrari.html\"><strong>Fausto Ferrari<\/strong><\/a><\/p>\n<\/div>\n<ul>\n<li>Dimensione carattere<\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/www.dimensionesperanza.it\/articles-en-francais\/item\/6600-la-r%C3%A9volution-des-b%C3%A9guines-mohammed-taleb.html?tmpl=component&amp;print=1\"><strong>Stampa<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><\/a><\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/www.dimensionesperanza.it\/component\/mailto\/?tmpl=component&amp;link=aHR0cDovL3d3dy5kaW1lbnNpb25lc3BlcmFuemEuaXQvYXJ0aWNsZXMtZW4tZnJhbmNhaXMvaXRlbS82NjAwLWxhLXLDqXZvbHV0aW9uLWRlcy1iw6lndWluZXMtbW9oYW1tZWQtdGFsZWIuaHRtbA%3D%3D\"><strong>E-mail<\/strong><\/a><\/li>\n<li><\/li>\n<li><a title=\"1 stella su 5\" href=\"http:\/\/www.dimensionesperanza.it\/articles-en-francais\/item\/6600-la-r%C3%A9volution-des-b%C3%A9guines-mohammed-taleb.html\"><strong>1<\/strong><\/a><\/li>\n<li><a title=\"2 stelle su 5\" href=\"http:\/\/www.dimensionesperanza.it\/articles-en-francais\/item\/6600-la-r%C3%A9volution-des-b%C3%A9guines-mohammed-taleb.html\"><strong>2<\/strong><\/a><\/li>\n<li><a title=\"3 stelle su 5\" href=\"http:\/\/www.dimensionesperanza.it\/articles-en-francais\/item\/6600-la-r%C3%A9volution-des-b%C3%A9guines-mohammed-taleb.html\"><strong>3<\/strong><\/a><\/li>\n<li><a title=\"4 stelle su 5\" href=\"http:\/\/www.dimensionesperanza.it\/articles-en-francais\/item\/6600-la-r%C3%A9volution-des-b%C3%A9guines-mohammed-taleb.html\"><strong>4<\/strong><\/a><\/li>\n<li><a title=\"5 stelle su 5\" href=\"http:\/\/www.dimensionesperanza.it\/articles-en-francais\/item\/6600-la-r%C3%A9volution-des-b%C3%A9guines-mohammed-taleb.html\"><strong>5<\/strong><\/a><\/li>\n<\/ul>\n<div><\/div>\n<p><strong>(1 Vota)<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00c0 la fin du XII<sup>e<\/sup><\/em><em>\u00a0<\/em><em>si\u00e8cle, un mouvement chr\u00e9tien ne cesse de prendre de l&#8217;ampleur: les b\u00e9guines, des femmes qui vont incarner, aux marges de l&#8217;\u00c9glise, une nouvelle conscience du sacr\u00e9. Spirituel, litt\u00e9raire, th\u00e9ologique, social: leur apport sera multiple. Consid\u00e9r\u00e9es comme une menace par le pouvoir eccl\u00e9sial, elles sont condamn\u00e9es pour h\u00e9r\u00e9sie en 1311<\/em>.<\/p>\n<p>Les b\u00e9guines appartiennent \u00e0 un \u00ab mouvement \u00bb chr\u00e9tien original apparu vers la fin du XII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, qui se prolongera jusqu&#8217;au XV<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. Implant\u00e9e essentiellement en Belgique, aux Pays-Bas, au Luxembourg, en Allemagne, en France et en Suisse, cette dynamique a fertilis\u00e9 une grande partie de l&#8217;existence des femmes de ce temps. Spirituelle, leur contribution s&#8217;est aussi exprim\u00e9e en po\u00e9sie, en th\u00e9ologie et dans la vie sociale. Aux marges de l&#8217;\u00c9glise, les b\u00e9guines ont incarn\u00e9 une nouvelle conscience du sacr\u00e9, dans laquelle s&#8217;entrem\u00ealent leur f\u00e9minit\u00e9, leur art, une perception aigu\u00eb du divin et une exp\u00e9rience in\u00e9dite du monde. Certains auteurs font du mouvement b\u00e9guinal l&#8217;anc\u00eatre du f\u00e9minisme contemporain, d&#8217;autres la matrice de la mystique f\u00e9minine, d&#8217;autres encore une composante de la mouvance des h\u00e9r\u00e9sies.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour saisir correctement ce mouvement, notamment la capacit\u00e9 de subversion dont il fit parfois preuve, il faut comprendre l&#8217;importance de deux grandes distinctions en cours \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, le clerc et le la\u00efc, d&#8217;une part, le masculin et le f\u00e9minin, d&#8217;autre part. Elles sont le fruit d&#8217;un long processus socioreligieux qui remonte aux origines m\u00eame du christianisme. Par ailleurs, la relation entre les deux termes de ces deux couples est fortement hi\u00e9rarchique: le clerc prime sur le la\u00efc, le masculin prime sur le f\u00e9minin.<\/p>\n<p><strong>Libres de toute tutelle paroissiale<\/strong><\/p>\n<p>Tel est en tout cas le discours de l&#8217;\u00c9glise, qui mobilise souvent les \u00c9p\u00eetres de Paul adress\u00e9es aux Corinthiens et \u00e0 Timoth\u00e9e. Dans ces textes, les femmes sont appel\u00e9es au silence, \u00e0 la soumission et \u00e0 la reconnaissance de la sup\u00e9riorit\u00e9 de l&#8217;homme, de m\u00eame qu&#8217;ils soulignent l&#8217;interdiction faite aux femmes d&#8217;enseigner&#8230; \u00a0Les premiers regroupements de b\u00e9guines sont attest\u00e9s dans le dioc\u00e8se de Li\u00e8ge, \u00e0 Nivelles, autour de Marie d&#8217;Oignies (1177-1213). \u00c0 Cologne, on rep\u00e8re des b\u00e9guines en 1223. Vingt ans plus tard, elles seront un millier dans cette ville. Elles sont 1300 \u00e0 Bruxelles, en 1372. Un t\u00e9moignage capital est donn\u00e9 par une lettre de Jean XXII \u00e0 l&#8217;\u00e9v\u00eaque de Strasbourg, selon laquelle il y aurait 200 000 b\u00e9guines en Allemagne occidentale. Mais \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle de l&#8217;Europe, selon la sociologue Silvana Panciera, \u00ab\u00a0<em>on parle d&#8217;\u00e0 peu pr\u00e8s un million de b\u00e9guines au sommet de l&#8217;expansion du mouvement au XIII<sup>e<\/sup><\/em><em>\u00a0<\/em><em>si\u00e8cle, mais cela n&#8217;est qu&#8217;une estimation non-document\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Grande po\u00e9sie en langue vulgaire<\/strong><\/p>\n<p>Quoi qu&#8217;il en soit, le mouvement b\u00e9guinal dispose d&#8217;une fantastique audience aupr\u00e8s des femmes des diverses classes sociales urbaines (noblesse des villes, artisans, bourgeoisie). Ces femmes vont se regrouper en communaut\u00e9s, les b\u00e9guinages, dont il reste des exemples dans la Belgique flamande. Ces communaut\u00e9s \u00e9chappaient \u00e0 la tutelle des paroisses, et donc du cur\u00e9 local, mais aussi des ordres religieux reconnus &#8211; les dominicains et les franciscains essayant de prendre la direction spirituelle du mouvement.<\/p>\n<p>Les b\u00e9guines y vivaient en collectivit\u00e9, tout en faisant en sorte que chaque femme soit autonome. Les activit\u00e9s \u00e9taient nombreuses et allaient de la pri\u00e8re et de l&#8217;oraison \u00e0 un travail social et \u00e9conomique qui prenait des formes vari\u00e9es en fonction des lieux (tissage, lavage, repassage, fabrication de bougies, \u00e9ducation des enfants, assistance des malades, des vieillards et des pauvres). Ces travaux donnaient aux communaut\u00e9s, dirig\u00e9es par la Grande Ma\u00eetresse ou Grande Dame, une relative autonomie \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Les b\u00e9guines sont proches des populations les plus pauvres. Non seulement parce que les b\u00e9guinages essaient de transcender les clivages de classe, mais aussi parce que leurs langues sont celles des peuples. La litt\u00e9rature b\u00e9guinale va honorer non pas le latin mais les langues \u00ab vulgaires \u00bb, comme le flamand (Hadewijch, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e vers 1250), l&#8217;ancien fran\u00e7ais (Marguerite Porete, 1250-1310), le bas-allemand (Mechthilde de Magdebourg, 1208-1282) ou le moyen-hollandais (B\u00e9atrice de Nazareth, 1200-1268). Cette litt\u00e9rature s&#8217;apparente clairement \u00e0 la grande po\u00e9sie occitane, celle des troubadours, la po\u00e9sie de chevalerie, en particulier sa mystique \u00e9rotique de la\u00a0<em>fin&#8217;amor.<\/em><\/p>\n<p>On ne sera donc pas surpris de l&#8217;existence d&#8217;une filiation, via l&#8217;amour courtois, entre la litt\u00e9rature des b\u00e9guines et la po\u00e9sie spirituelle des Arabo-musulmans. Car l&#8217;Andalousie est l&#8217;arri\u00e8re-fond des po\u00e8tes occitans et les sp\u00e9cialistes ont depuis longtemps \u00e9tabli l&#8217;influence entre ce genre typiquement arabe qu&#8217;est le\u00a0<em>zejel<\/em><em>\u00a0<\/em>et la technique litt\u00e9raire des Occitans. Mais le lien n&#8217;est pas que formel, il est aussi th\u00e9matique (identit\u00e9 de l&#8217;amour, de l&#8217;amant et de l&#8217;aim\u00e9; pur amour au-del\u00e0 du ch\u00e2timent et de la r\u00e9compense).<\/p>\n<p>Les b\u00e9guines ne vont pas seulement exp\u00e9rimenter sur le plan social et \u00e9conomique leur qu\u00eate d&#8217;autonomie. Celle-ci est aussi de l&#8217;ordre de la pens\u00e9e. L\u2019existence, chez un certain nombre d&#8217;entre elles, d&#8217;un authentique questionnement m\u00e9taphysique, la volont\u00e9 de faire \u00e9merger du sens \u00e0 partir de ce qu&#8217;elles \u00e9prouvent int\u00e9rieurement, suffit \u00e0 d\u00e9construire le discours \u00e9labor\u00e9 au sein de l&#8217;\u00c9glise et, \u00e0 l&#8217;\u00e9poque moderne, dans quelques milieux universitaires &#8211; discours selon lequel la \u00ab mystique \u00bb est de nature f\u00e9minine, tandis que la th\u00e9ologie, la pens\u00e9e sp\u00e9culative seraient de nature masculine.<\/p>\n<p>Cette classification, dont on pressent ais\u00e9ment le soubassement patriarcal, ne peut rendre compte des pr\u00e9occupations intellectuelles de ces femmes comme Hadewijch, Marguerite Porete, Mechthilde de Magdebourg ou encore B\u00e9atrice de Nazareth. L\u2019enjeu est ici d\u00e9cisif. Il s&#8217;agit de r\u00e9habiliter un intellect f\u00e9minin qui \u00e9chappe ou, en tout cas, d\u00e9passe, \u00e0 la verticale, la \u00ab sensiblerie \u00bb, 1&#8217;\u00ab \u00e9motivit\u00e9 \u00bb et l&#8217;\u00ab affectivit\u00e9 \u00bb accord\u00e9es aux activit\u00e9s et aux humeurs du \u00ab sexe faible \u00bb. Que la sp\u00e9culation m\u00e9taphysique, que l&#8217;ing\u00e9niosit\u00e9 philosophique des b\u00e9guines s&#8217;expriment souvent par le biais du po\u00e8me, de la vision ou du dialogue int\u00e9rieur, ne remet nullement en cause leur intellectualit\u00e9.<\/p>\n<p>Le \u00ab concept \u00bb n&#8217;a pas le monopole du langage dans la qu\u00eate de sens, et nous savons, depuis les Grecs, que le\u00a0<em>mythos<\/em>\u00a0dit, par son mode propre qui est l&#8217;image, la m\u00eame v\u00e9rit\u00e9 du\u00a0<em>cosmos<\/em>, de l&#8217;humain et du divin, que le\u00a0<em>logos<\/em>, reine des sciences. Il nous faut prendre au s\u00e9rieux philosophiquement ces textes \u00e9crits par les b\u00e9guines comme Heidegger le faisait pour ceux d&#8217;H\u00f6lderlin!<\/p>\n<p><strong>\u00ab Brautmystik \u00bb et \u00ab Wesenmystik \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Le mouvement b\u00e9guinal refl\u00e8te les tensions et les clivages qui existent dans ce Moyen-\u00c2ge europ\u00e9en du XII<sup>e<\/sup>\u00a0au XIV<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, en particulier ceux qui caract\u00e9risent le christianisme. C&#8217;est pourquoi il serait t\u00e9m\u00e9raire de le \u00ab lisser \u00bb et d&#8217;occulter sa diversit\u00e9 pour l\u00e9gitimer une lecture unilat\u00e9rale. Quels sont les termes de cette contradiction qui peuvent \u00eatre rep\u00e9r\u00e9s dans la litt\u00e9rature b\u00e9guinale? Les sp\u00e9cialistes ont rep\u00e9r\u00e9 deux grands paradigmes, \u00e0 la fois h\u00e9ritiers d&#8217;anciennes traditions de pens\u00e9e et annonciateurs de nouvelles dynamiques de sens.<\/p>\n<p>Ils sont d\u00e9sign\u00e9s par les termes de\u00a0<em>Brautmystik<\/em>\u00a0et\u00a0<em>Wesenmystik<\/em>. La premi\u00e8re, \u00ab mystique de l&#8217;amour \u00bb, dite aussi \u00ab mystique nuptiale \u00bb, d\u00e9crit la rencontre amoureuse, parfois \u00e9rotique, avec le Christ. Ce genre litt\u00e9raire doit \u00e9norm\u00e9ment aux sermons sur le Cantique des Cantiques de saint Bernard et aux \u0153uvres de Guillaume de Saint-Thierry. Cette mystique, qui s&#8217;inscrit dans la tradition cistercienne, est tout \u00e0 fait en phase avec la conception eccl\u00e9siale qui domine \u00e0 l&#8217;\u00e9poque. Ce paradigme est augustinien-cister- cien: l&#8217;exp\u00e9rience de l&#8217;amour poss\u00e8de une valeur sup\u00e9rieure sur l&#8217;exp\u00e9rience de la connaissance et de la qu\u00eate intellectuelle.<\/p>\n<p>La Wesenmystik, en revanche, est plus probl\u00e9matique si on la rapporte \u00e0 l&#8217;id\u00e9ologie officielle. Mystique de l&#8217;\u00eatre ou mystique de l&#8217;essence, elle t\u00e9moigne d&#8217;une audace, d&#8217;un courage plus grand de la pens\u00e9e et de l&#8217;exp\u00e9rience. Ici, le paradigme est plut\u00f4t de type n\u00e9oplatonicien. Non pas que les b\u00e9guines \u00e9taient des lectrices de Plotin ou de Proclus, mais elles ont en fait \u00ab reconstruit \u00bb un n\u00e9oplatonisme, montrant par l\u00e0 qu&#8217;il s&#8217;agit moins d&#8217;une \u00e9cole de pens\u00e9e qu&#8217;une sensibilit\u00e9 de l&#8217;\u00e2me et de la conscience.<\/p>\n<p><strong>Le chemin du \u00ab rien pur et nu \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>L\u00e0, l&#8217;exp\u00e9rience affective est secondaris\u00e9e au profit d&#8217;un mouvement vers la r\u00e9alit\u00e9 ultime, l&#8217;Un, le fond (qui appara\u00eet comme un \u00ab sans-fond \u00bb) l&#8217;indicible. Hadewijch \u00e9voque, dans un po\u00e8me tir\u00e9 de ses\u00a0<em>\u00c9crits mystiques des b\u00e9guines<\/em>, \u00ab\u00a0<em>ceux qui ont entrevu cette v\u00e9rit\u00e9, sur le chemin obscur, non-trac\u00e9, non-indiqu\u00e9, tout int\u00e9rieur<\/em><em>\u00a0<\/em>\u00bb. Ce chemin m\u00e8ne au \u00ab\u00a0<em>rien pur et nu<\/em>\u00a0\u00bb. \u00c0 l&#8217;indicible du principe, correspond alors l&#8217;indicible de ces cheminants: \u00ab\u00a0<em>Dans l&#8217;intimit\u00e9 de l&#8217;Un, ces \u00e2mes sont pures et nues int\u00e9rieurement<\/em>.\u00bb Les exemples sont nombreux qui t\u00e9moignent du caract\u00e8re apophatique de cette mystique de l&#8217;essence. L\u2019identification entre la r\u00e9alit\u00e9 divine ultime et le \u00ab\u00a0<strong>rien pur et nu<\/strong>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>l&#8217;ab\u00eeme du sans-fond<\/em>\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0<em>la nudit\u00e9 de l&#8217;Un<\/em><em>\u00a0<\/em>\u00bb, est l&#8217;expression de l&#8217;appartenance des b\u00e9guines \u00e0 une ligne intellectuelle qui va de Plotin \u00e0 la th\u00e9ologie sp\u00e9culative des Rh\u00e9nans, comme Ma\u00eetre Eckhart, Thierry de Freiberg, Berthold de Moosburg, en passant, bien \u00e9videmment, par Denys. Les b\u00e9guines ont retrouv\u00e9 le \u00ab\u00a0<em>chemin non-trac\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb de cette vision n\u00e9oplatonicienne, vision pour laquelle la qu\u00eate spirituelle est fondamentalement une \u00ab\u00a0<em>conversion<\/em>\u00a0\u00bb vers l&#8217;Un. Plotin n&#8217;est pas loin! Hadewijch, elle, \u00e9voque la \u00ab\u00a0<em>conversion intime \u00e0 l&#8217;Unit\u00e9<\/em>\u00bb&#8230;<\/p>\n<p>L&#8217;intellect n&#8217;est pas la raison qui calcule. Les Anciens pouvaient, \u00e0 bon droit, parler d&#8217;imagination intellectuelle et d&#8217;intuition intellectuelle. Ma\u00eetre Eckhart disait que l&#8217;intellect \u00e9tait la<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>fine pointe de l&#8217;\u00e2me<\/em>\u00a0\u00bb, son \u00ab\u00a0<em>\u00e9tincelle<\/em><em>\u00a0<\/em>\u00bb ( \u00ab\u00a0<em>scintilla animae<\/em>\u00a0\u00bb), \u00ab\u00a0<em>ch\u00e2teau fort<\/em><em>\u00a0<\/em>\u00bb \u00e9galement, puissance de l&#8217;esprit permettant \u00e0 l&#8217;humain d&#8217;\u00eatre capable de Dieu. Sans une telle conversion de notre regard qui nous donne \u00e0 voir l&#8217;intellect comme capacit\u00e9 spirituelle et jalon vers l&#8217;Un, nos pens\u00e9es resteront prisonni\u00e8res de ce dualisme qui nous \u00e9cart\u00e8le entre un rationalisme sec et une sentimentalit\u00e9 doucereuse. Si l&#8217;intellect est \u00ab\u00a0<em>fine pointe de l&#8217;\u00e2me<\/em>\u00bb, l&#8217;amour, alors, est une \u00ab\u00a0<em>lutte<\/em>\u00a0\u00bb. C&#8217;est pourquoi il est l\u00e9gitime de parler d&#8217;une th\u00e9ologique mystique chevaleresque de l&#8217;essence chez les b\u00e9guines qui ont parcouru le \u00ab\u00a0<em>chemin non-trac\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb. La mystique de l&#8217;essence n&#8217;abandonne pas le th\u00e8me de l&#8217;amour. Hadewijch d&#8217;Anvers ou Mechthilde de Magdebourg, par exemple, lient ces deux dimensions de l&#8217;exp\u00e9rience spirituelle.<\/p>\n<p><strong>Confin\u00e9es \u00e0 l&#8217;affect<\/strong><\/p>\n<p>Et c&#8217;est, pouvons-nous supposer, la dynamique n\u00e9oplatonisante de l&#8217; \u0153uvre \u00e9crite des b\u00e9guines qui les rendra suspecte. En ces temps, une femme peut, \u00e0 la rigueur, avoir des visions, \u00eatre une \u00ab<em>proph\u00e9tesse<\/em>\u00bb, mais elle ne peut \u00eatre porteuse d&#8217;une connaissance, d&#8217;un enseignement. Elle doit, en quelque sorte, \u00eatre confin\u00e9e dans l&#8217;espace des affects. \u00c0 bien des \u00e9gards, la r\u00e9ponse de l&#8217;\u00c9glise \u00e0 l&#8217;intellectuelle mystique des b\u00e9guines correspond bel et bien \u00e0 un r\u00e9tr\u00e9cissement de l&#8217;horizon f\u00e9minin: la\u00a0<em>devotio moderna<\/em>. Sous ce nom, on d\u00e9signe le mouvement initi\u00e9 par G\u00e9rard Roote et les fr\u00e8res de la Vie commune, au XIV<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Refusant tous les liens entre pens\u00e9e intellectuelle et exp\u00e9rience spirituelle, forg\u00e9s par les b\u00e9guines de la mystique de l&#8217;essence et les th\u00e9ologiens mystiques rh\u00e9nans, la\u00a0<em>devotio moderna<\/em>\u00a0veut cultiver une spiritualit\u00e9 strictement affective, contemplative et christocentrique. L\u2019un de ses livres de chevet sera\u00a0<em>L\u2019Imitation de J\u00e9sus Christ<\/em>, de Thomas Kempis (1379-1451). Cette dynamique de la\u00a0<em>devotio moderna<\/em>\u00a0est \u00e0 l&#8217;origine de toute la spiritualit\u00e9 f\u00e9minine qui va \u00e9clore apr\u00e8s la R\u00e9forme: une spiritualit\u00e9 qui a perdu l&#8217;audace intellectuelle des b\u00e9guines et qui correspond tout \u00e0 fait \u00e0 l&#8217;image eccl\u00e9siale de la femme; une spiritualit\u00e9 qui accompagnera l&#8217;\u00c9cole fran\u00e7aise et la mystique mariale, de Marie de l&#8217;Incarnation \u00e0 Th\u00e9r\u00e8se de Lisieux.<\/p>\n<p>La situation des b\u00e9guines, entre la fin du XII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle et la fin du XIV<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, va \u00e9voluer au gr\u00e9 des rapports de force, \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle de la chr\u00e9tient\u00e9 ou \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle locale. Le contexte spirituel, sur fond de croisades, est partag\u00e9 entre une \u00c9glise latine forte d&#8217;une richesse qui corrompt son clerg\u00e9 et ses abbayes, et de nouveaux ordres mendiants, comme les dominicains et les franciscains. D\u00e8s les ann\u00e9es 1230, l&#8217;\u00c9glise se dote d&#8217;un nouvel organe, l&#8217;office de l&#8217;Inquisition, tribunal dont la vocation est de pourchasser, jusqu&#8217;\u00e0 la mort, les h\u00e9r\u00e9sies. Les b\u00e9guines vont se trouver au carrefour de ces tensions, pour deux grandes raisons. D&#8217;abord, parce qu&#8217;elles incarnent socialement une entreprise qui \u00e9chappe trop aux autorit\u00e9s masculines. Ensuite, parce que, sur un plan intellectuel, leur parole malm\u00e8ne le monopole eccl\u00e9sial de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9pression et b\u00fbcher<\/strong><\/p>\n<p>En 1139, le deuxi\u00e8me concile du Latran d\u00e9nonce ces femmes qui vivent sans aucune r\u00e8gle monastique. En 1233, lors du concile de Mayence, les b\u00e9guines sont la cible de l&#8217;inquisiteur Conrad de Marbourg. En 1311, c&#8217;est le concile de Vienne qui les condamne pour h\u00e9r\u00e9sie et hypocrisie dans la pi\u00e9t\u00e9. Elles ne sont pas les seules, car la d\u00e9nonciation englobe aussi les b\u00e9ghards, les adeptes du Libre Esprit, ainsi que les fraticelles, cette aile radicale de la famille franciscaine. Les b\u00e9guines sont parfois associ\u00e9es aux h\u00e9r\u00e9sies. Notons l&#8217;hypoth\u00e8se de l&#8217;un des meilleurs connaisseurs de ces femmes, le p\u00e8re j\u00e9suite Joseph van Mierlo, \u00e0 propos de l&#8217;origine du mot \u00ab b\u00e9guine\u00bb: il d\u00e9riverait de\u00a0<em>al-bigensis<\/em>, \u00ab\u00a0<em>albigeois<\/em>\u00a0\u00bb &#8211; autrement dit, cathares&#8230; !<\/p>\n<p>Mais l&#8217;\u00e9v\u00e9nement marquant de la r\u00e9pression est l&#8217;assassinat \u00e0 Paris, le 1<sup>er<\/sup>\u00a0juin 1310, de la b\u00e9guine Margerite Porete. \u00c0 l&#8217;instar de Lutgarde de Tr\u00e8ves (1231) ou d&#8217;Aleydis de Cambrai (1236), elle est br\u00fbl\u00e9e en m\u00eame temps que son livre,\u00a0<em>Le Livre des \u00e2mes saintes et an\u00e9anties<\/em>, \u0153uvre axiale de la pens\u00e9e des b\u00e9guines et, au-del\u00e0, de toute la litt\u00e9rature spirituelle.<\/p>\n<p>Progressivement, tout au long du XIV<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, les b\u00e9guinages se transforment (annex\u00e9s par divers ordres religieux) ou disparaissent. Ceux qui resteront n&#8217;auront qu&#8217;un lointain rapport avec la dynamique subversive initiale. Mais la r\u00e9pression contre des femmes ne va pas dispara\u00eetre pour autant et, d\u00e8s la fin du mouvement b\u00e9guinal, l&#8217;Inquisition prend pour cible celles qui en sont, d&#8217;une certaine mani\u00e8re, les filles et petites-filles, les sorci\u00e8res de la Renaissance. Le feu des b\u00fbchers ne va cesser de s&#8217;allumer, causant la mort &#8211; au moment o\u00f9 la raison cart\u00e9sienne s&#8217;installe, entre les XVI<sup>e<\/sup>\u00a0et XVII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cles &#8211; de plusieurs dizaines de milliers de femmes&#8230;<\/p>\n<p>Quelles le\u00e7ons peut-on tirer de l&#8217;aventure des b\u00e9guines? La premi\u00e8re est que la pens\u00e9e, m\u00eame en sa plus haute abstraction, n&#8217;est pas s\u00e9parable de l&#8217;existence sociale concr\u00e8te des femmes et des hommes. L\u2019:id\u00e9al de pauvret\u00e9 des b\u00e9guines n&#8217;est pas un concept, mais le d\u00e9sir de s&#8217;affranchir des lois de fer du capital. La seconde est relative \u00e0 l&#8217;universalit\u00e9 de cette aventure. Par-del\u00e0 leur christianisme, les b\u00e9guines appartiennent \u00e0 cette moiti\u00e9 f\u00e9minine de l&#8217;humanit\u00e9 qui, \u00e0 travers toutes les religions et cultures, essaie de construire un monde commun, et plus juste pour tous. Ces chr\u00e9tiennes de l&#8217;Europe m\u00e9di\u00e9vale sont des s\u0153urs de Rabi&#8217;a, la spirituelle irakienne musulmane du pur amour qui les pr\u00e9c\u00e9da de quelques si\u00e8cles. Et elles sont bien plus proches des militantes f\u00e9ministes musulmanes, bouddhistes ou hindoues d&#8217; aujourd&#8217;hui, qui, dans leurs contextes propres, luttent pour les id\u00e9aux de la justice, de l&#8217;\u00e9galit\u00e9 et de l&#8217;autonomie, que de leur Eglise.<\/p>\n<p><strong>La \u00ab pr\u00e9sence lib\u00e9ratrice \u00bb de Dieu<\/strong><\/p>\n<p>Enfin, et sur un terrain plus spirituel, citons la c\u00e9l\u00e8bre th\u00e9ologienne catholique \u00e9cof\u00e9ministe am\u00e9ricaine Rosemary Radford Ruether. Elle nous parle de Dieu en des termes que les b\u00e9guines auraient sans doute appr\u00e9ci\u00e9s: \u00ab\u00a0<em>La transcendance de Dieu n&#8217;a rien \u00e0 voir avec le fait d\u2019\u00eatre masculin, \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur, lointain et d\u00e9sincarn\u00e9. L&#8217;immanence de Dieu n&#8217;a rien \u00e0 voir avec le fait d&#8217;\u00eatre f\u00e9minine, \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur, proche et corporelle. <strong>[&#8230;]\u00a0 La transcendance de Dieu signifie sa libert\u00e9 radicale envers tous les syst\u00e8mes humains de distorsions oppressives, de p\u00e9ch\u00e9 et de mensonges. L&#8217;immanence de Dieu signifie sa pr\u00e9sence lib\u00e9ratrice en nous, au travers de nous et au-dessous de nous, pr\u00e9sence qui nous donne le pouvoir de nous lib\u00e9rer de cette r\u00e9alit\u00e9 oppressive de p\u00e9ch\u00e9 et de mensonges.<\/strong><\/em><strong>\u00a0<\/strong><strong>\u00bb.\u00a0<\/strong><\/p>\n<h4>Mohammed Taleb<\/h4>\n<p>Philosophe, enseignant d&#8217;\u00e9copsychologie \u00e0 l&#8217;\u00c9cole Sup\u00e9rieure en \u00e9ducation sociale de Lausanne (Suisse), il a dirig\u00e9 l&#8217;ouvrage Sciences et arch\u00e9types, fragments philosophiques pour un r\u00e9enchantement du monde, hommage au professeur Gilbert Durand (Dervy, 2002).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alice de la Cambre HADEWIJCH (mil. XIII e s.) Po\u00e9tesse et mystique flamande de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du\u00a0xiiie\u00a0si\u00e8cle, Hadewijch est l&#8217;auteur de po\u00e8mes d&#8217;inspiration courtoise, de lettres et de visions o\u00f9 l&#8217;amour, trait\u00e9 en th\u00e8me privil\u00e9gi\u00e9, tend \u00e0 se substituer \u00e0 Dieu, au terme d&#8217;une exp\u00e9rience extatique dont l&#8217;expression passionnelle est rendue avec une particuli\u00e8re [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[12,14],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/francisdelariviere.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1795"}],"collection":[{"href":"https:\/\/francisdelariviere.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/francisdelariviere.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francisdelariviere.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francisdelariviere.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1795"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/francisdelariviere.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1795\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/francisdelariviere.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1795"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/francisdelariviere.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1795"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/francisdelariviere.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1795"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}